La chaise Zig-Zag de Gerrit Rietveld, manifeste De Stijl du minimalisme, révolution sculpturale et icône du design

Chaise ZigZag Gerrit Rietveld Cassina

S’il y a bien une chaise design qui ne prend pas les chemins habituels et refuse catégoriquement de marcher droit, c’est la chaise Zig-Zag.

Signée par l’ingénieux Gerrit Rietveld en 1934, cette pièce sculpturale n’est pas qu’un simple siège : elle est une véritable déclaration d’amour au minimalisme, au mouvement De Stijl et à l’audace structurelle.

Prêts à plonger dans les zigzags de l’histoire du design ?

Gerrit Rietveld et le Mouvement De Stijl

Avant d’attaquer la chaise, saluons son créateur.

Gerrit Rietveld, architecte et designer néerlandais, est l’un des membres les plus influents du mouvement De Stijl (on prononce « de stal » – ni “style” à l’anglaise, ni “stalactite”).

Ce courant artistique néerlandais, fondé en 1917 autour de figures comme Piet Mondrian, prône la réduction à l’essentiel : lignes droites, formes géométriques simples, couleurs primaires. Moins de blabla, plus d’abstraction.

Rietveld applique ces principes aussi bien dans son architecture (cf. la maison Schröder, à Utrecht, pour laquelle la Zig-Zag fut pensée) que dans son mobilier, avec une volonté constante de simplifier, d’innover et de rendre le design accessible.

Un prototype révolutionnaire

La chaise Zig-Zag naît entre 1932 et 1934, une époque où la mode est encore aux fauteuils moelleux, lourds et empâtés.

Rietveld, lui, rêve d’un siège d’une radicale simplicité, qui pourrait presque flotter. Il conçoit d’abord la chaise pour la maison Schröder, puis l’adapte pour le magasin Metz & Co, à Amsterdam, qui souhaitait un modèle facile à produire et à expédier.

« Mon ambition ? Réduire la chaise à sa forme la plus pure. »
– Gerrit Rietveld

À noter : la chaise est fabriquée artisanalement avant d’être éditée industriellement, d’abord par Metz & Co, puis aujourd’hui par l’éditeur italien Cassina.

Chaise Zig Zag bois detail Gerrit Rietveld
Chaise Zig Zag bois détail – Gerrit Rietveld

Construction et matériaux

Sa silhouette est immédiatement reconnaissable : un Z parfait. Mais comment diable tient-elle ? C’est là tout le génie de Rietveld.

  • Constitution : quatre plans de bois massif assemblés à angle droit, sans pieds ni bras.
  • Assemblage : initialement, des vis ; puis, des assemblages à queue d’aronde, parfois collés pour plus de solidité et une esthétique sans vis apparentes.
  • Porte-à-faux : l’assise est supportée par un seul plan incliné, le dossier est dans la continuité. On a l’impression de défier la gravité !
  • Dimensions standards : hauteur 74 cm, largeur 37 cm, profondeur 43 cm, hauteur d’assise 43–43,5 cm.

Le minimalisme de la structure va de pair avec un choix de matériaux sobres, mais non sans raffinement !

Selon les périodes et les éditeurs, la chaise fut fabriquée en orme (les premiers modèles), puis en pin, merisier, bouleau, frêne, voire en métal pour les modèles expérimentaux.

Coloris et variantes contemporaines

L’éditeur italien Cassina, détenteur exclusif de l’édition officielle depuis 1972, propose aujourd’hui la chaise Zig-Zag dans une belle palette sophistiquée :

  • Merisier naturel
  • Frêne naturel
  • Frêne teinté noir
  • Frêne teinté rouge, bleu, jaune (le clin d’œil De Stijl, forcément !)
  • Orme naturel ou teinté
  • Noyer américain, selon les séries

Les amateurs de couleurs franches et primaires retrouvent l’esprit de De Stijl dans les versions laquées.

Chaise Zig Zag jaune - Gerrit Rietveld
Chaise Zig Zag jaune – Gerrit Rietveld
Résumé des caractéristiques principales
CaractéristiqueDétail
DesignerGerrit Rietveld
Date de création1934
Fabricant actuelCassina
Matériaux principauxOrme, merisier, frêne, bouleau, pin, noyer
ColorisNaturel, noir, rouge, bleu, jaune
AssemblageQueues d’aronde, parfois vissé/collé
Dimensions74 x 37 x 43 cm (hauteur x largeur x profondeur)
SpécificitéQuatre plans à angle droit, sans bras ni pieds traditionnels

Une révolution conceptuelle

Il faut replacer la chaise Zig-Zag dans son contexte : en 1934, une chaise sans pieds, sans cadre, d’un minimalisme radical, c’est quasi hérétique.

Mais Rietveld n’a pas peur de scandaliser :

  • Ligne en zigzag continue, aucun superflu – un véritable manifeste de l’épuration moderniste.
  • Suppression des éléments conventionnels. Adieu piétements, arrondis, bras : l’essence même de la chaise est questionnée.
  • L’assise inclinée contribue à un confort surprenant, malgré l’apparente rudesse.
  • L’impression visuelle de « flottement » donne à cette chaise cantilever une aura presque magique.
  • Faible encombrement, facilité de production – déjà, l’idée de production de masse pointe son nez.

Rietveld voulait démontrer que le design pouvait rimer avec économie de moyens, tout en restant audacieux, beau et fonctionnel.

Chaise Zig Zag rouge - Gerrit Rietveld
Chaise Zig Zag rouge – Gerrit Rietveld

La Zig-Zag dans la famille des chaises cantilever

Soyons honnêtes : en 1934, le porte-à-faux n’est plus une totale nouveauté. Mart Stam a dégainé la première chaise cantilever en acier tubulaire dès 1926, vite suivi par Marcel Breuer et sa Cesca, puis par Mies van der Rohe. Mais tous ces messieurs trichent un peu : ils s’appuient sur la souplesse naturelle du métal. Rietveld, lui, ose le porte-à-faux en bois massif, un matériau qui ne plie pas et ne pardonne rien. Un pied de nez aux tubes chromés du Bauhaus — sans le moindre tube, justement.

Et la descendance est illustre. Quand Verner Panton met au point sa fameuse chaise Panton monobloc en plastique, dans les années 1960, sa ligne continue en S doit beaucoup au Z de Rietveld : même idée d’une chaise dessinée d’un seul geste, comme une lettre posée dans l’espace. Peu de chaises design iconiques peuvent se vanter d’avoir fondé une lignée entière.

Pourquoi la Zig-Zag fascine-t-elle autant ?

  • Pour son minimalisme radical mais chaleureux.
  • Pour sa force sculpturale et graphique : un Z dans l’espace, une ligne qui s’incarne.
  • Pour la philosophie Rietveld : le plaisir de ne garder que l’essentiel, et rien de plus.
  • Parce qu’elle fait le pont entre l’art, l’architecture et le design industriel.
  • Et, aussi, parce qu’elle rend hommage à l’audace, à l’expérimentation et à la liberté de penser autrement.

Comment reconnaître une authentique chaise Zig-Zag ?

Succès oblige, le Z de Rietveld a été copié sans vergogne. Quelques repères pour séparer le bon grain de l’ivraie.

Une Zig-Zag authentique éditée par Cassina — c’est le modèle n° 280 de la collection Cassina I Maestri — porte la signature gravée de Rietveld, le logo de l’éditeur et un numéro de production. Regardez ensuite les détails de menuiserie : les queues d’aronde sont nettes et visibles, et de petites cales renforcent discrètement l’angle entre l’assise et le plan incliné. Une copie se trahit presque toujours par des vis apparentes mal placées, du contreplaqué déguisé en bois massif, ou des proportions approximatives — le Z original mesure 74 cm de haut pour 37 cm de large, et l’œil exercé repère vite un zigzag trop trapu.

Quant aux exemplaires anciens produits pour Metz & Co, ils sont rarissimes et passent par les salles des ventes, certificat d’expertise à l’appui. Si on vous en propose un sur un vide-grenier, méfiance polie.

Combien coûte une chaise Zig-Zag ?

Neuve chez Cassina, la chaise Zig-Zag se négocie grosso modo entre 1 500 et 2 500 € selon l’essence et la finition — les versions laquées aux couleurs De Stijl coûtent un peu plus cher que le bois naturel. Un investissement, certes, mais pour une sculpture qui sert aussi de siège, le calcul se défend.

Sur le marché de l’occasion, une édition Cassina des dernières décennies, en bon état et avec son marquage, se trouve généralement entre quelques centaines d’euros et un bon millier. Les exemplaires historiques des années 1930-1940, eux, jouent dans une autre cour : ce sont des pièces de collection qui peuvent atteindre des dizaines de milliers d’euros aux enchères. Et les copies sans licence vendues une bouchée de pain ? Elles existent, évidemment — mais ni la signature, ni la solidité, ni la valeur de revente ne suivront.

Où acheter la chaise Zig-Zag, de Gerrit Rietveld ?

Voici quelques sites marchands qui vendent la chaise Zig-Zag, de Gerrit Rietveld :

  • Cassina, l’éditeur officiel et historique de la chaise Zig-Zag, qui a été autorisé à la produire depuis les années 1970. Cassina propose une version fidèle selon les archives originales de Rietveld.
  • 1stDibs, marketplace internationale spécialisée dans le mobilier design et vintage, incluant des modèles édités par Cassina.

Questions fréquentes sur la chaise Zig-Zag

Qui a créé la chaise Zig-Zag et en quelle année ?

La chaise Zig-Zag a été conçue par l’architecte et designer néerlandais Gerrit Rietveld entre 1932 et 1934, d’abord pour la maison Schröder d’Utrecht, puis pour le magasin Metz & Co d’Amsterdam. Elle est éditée aujourd’hui par l’italien Cassina.

La chaise Zig-Zag est-elle confortable ?

Plus qu’on ne le croit : l’inclinaison de l’assise et la continuité du dossier épousent étonnamment bien le dos. Pour une soirée entière, en revanche, un coussin ne sera pas de trop — le bois massif reste du bois massif.

Comment la chaise Zig-Zag tient-elle debout ?

Grâce à ses assemblages à queue d’aronde et aux cales qui renforcent les angles : les quatre plans de bois forment une structure en porte-à-faux qui répartit le poids vers la base. Elle supporte un adulte sans broncher, malgré son air de défi à la gravité.

Où voir une chaise Zig-Zag en vrai ?

Au Centraal Museum d’Utrecht, qui conserve la plus grande collection d’œuvres de Rietveld, à la maison Schröder (classée au patrimoine mondial de l’UNESCO) et dans les grands musées de design, du MoMA de New York au Vitra Design Museum.

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