Mathieu Matégot | Vie et oeuvre d’un artisan français du design de meuble en métal

Table Kangourou - Mathieu Matégot

Plier la tôle comme d’autres plient le tissu : voilà le tour de force qui a fait entrer Mathieu Matégot dans la légende du design français.

Figure majeure du mobilier d’après-guerre, cet homme-orchestre a changé notre regard sur le métal, y insufflant un jazz visuel fait d’arabesques, de couleurs pop et de mélanges inattendus. Retour sur le destin romanesque et les inventions d’un magicien moderne.

Biographie

Mathieu Matégot voit le jour en 1910, à Tapolcsány, en Hongrie.

Fils d’un médecin et d’une mère pianiste, il grandit dans un environnement propice à la créativité et au raffinement. Dès l’adolescence, il manifeste un talent certain pour le dessin et la composition, ce qui l’amène tout naturellement vers l’École des Beaux-Arts de Budapest. Là, il se forme à l’architecture, aux arts décoratifs… et à l’esprit d’avant-garde qui règne alors en Europe centrale, marqué par le mouvement Bauhaus.

Dans les années 1930, l’effervescence parisienne attire Matégot. Il s’installe dans la capitale française et s’y fait un nom comme créateur de décors de théâtre et étalagiste, notamment pour les Galeries Lafayette. Son style, déjà empreint de liberté, conjugue sens du détail et humour graphique. Il collabore avec le milieu artistique, ce qui façonne son regard affûté sur la modernité.

La Seconde Guerre mondiale bouleverse son parcours. Naturellement engagé, Mathieu Matégot s’engage dans l’armée française en 1939, puis rejoint la Résistance après l’invasion. Fait prisonnier, il est déporté en Allemagne et affecté à des travaux forcés dans une usine de métallurgie. L’expérience, rude et douloureuse, va changer le cours de sa vie : il découvre les propriétés inédites du métal, l’art du pliage et l’infinité des variations que permettent les matériaux industriels. Cette révélation sera féconde.

De retour à Paris après la guerre – et fraîchement naturalisé français en 1939 –, Matégot fonde son premier atelier en 1945, rue de la Tombe-Issoire. Il se lance alors dans la création de mobilier, luminaires et objets décoratifs. Dès ses débuts, il expérimente, croise le métal, le verre, le bois, le formica et le rotin.

En 1952, il dépose un brevet décisif : le « Rigitulle« . Il s’agit d’une technique de manipulation et de soudure de la tôle perforée, qui autorise des formes d’une incroyable légèreté visuelle. Contrairement à l’austérité des productions industrielles de l’époque – exception faite des œuvres de Pauchard pour Tolix -, le Rigitulle de Matégot joue sur les transparences, les pleins et les vides. Les lignes sont courbes, sensuelles, parfois ludiques.

Mathieu Matégot designer - portrait
Mathieu Matégot designer – portrait

Les années 1950-1960 sont une période foisonnante pour le designer. Il travaille avec des éditeurs tels que Steiner, expose au Salon des artistes décorateurs, à la Triennale de Milan, et conçoit du mobilier pour des entreprises prestigieuses, des grands magasins et des commandes particulières. Son style séduit par son audace graphique, son humour discret et sa parfaite fonctionnalité. Il collabore aussi avec d’autres créateurs de renom, tels que Pierre Guariche ou Charlotte Perriand.

Au milieu des années 1960, ce touche-à-tout change de cap. Mathieu Matégot ferme son atelier de mobilier et se consacre dès lors à la tapisserie – une passion de jeunesse, renouant avec la fibre textile et la composition picturale.

Il s’investit dans cette aventure jusqu’à sa mort en 2001 à Angers, laissant derrière lui une œuvre riche, variée et empreinte d’une rare modernité.

Redécouvert dès les années 1990, alors que le design vintage revient sur le devant de la scène, Matégot est aujourd’hui célébré dans les musées et galeries du monde entier. Ses pièces, rééditées par des marques comme Gubi, s’arrachent lors des ventes aux enchères et dans les intérieurs les plus pointus. Une reconnaissance amplement méritée pour cet artisan-poète du XXe siècle.

Meubles design célèbres

Table Kangourou, Édition atelier Matégot (1953)

La table Kangourou doit son nom au fait qu’une grande table en inclut une petite, comme un bébé kangourou dans la poche de sa mère. Silhouette stylée, structure souple en métal tubulaire et trame de métal.

Table Kangourou - Mathieu Matégot
Table Kangourou – Mathieu Matégot

Lampe suspension Satellite, Gubi (1953)

Une grille en métal aérienne et globulaire, sous un abat-jour en forme de chapeau chinois, un charme rétro irrésistible… La lampe Satellite incarne l’esprit de découverte cosmique des années 50 – le Space Age -, entre élégance et originalité – une véritable « orbite » décorative pour tout salon moderne.

Lampe suspension Satellite - Mathieu Matégot - Gubi
Lampe suspension Satellite – Mathieu Matégot – Gubi

Chariot bar, Atelier Matégot (1953)

Toujours en mouvement, toujours prêt à servir : ce chariot de bar en tôle perforée déploie ses lignes droites et ses roulettes légères dans les réceptions élégantes.

Chariot de bar - Mathieu Matégot - Gubi
Chariot de bar – Mathieu Matégot – Gubi

Porte-revues Harpers, Atelier Matégot (1954)

Harpers redéfinit l’objet utilitaire : un porte-revues mural tout en tôle perforée, aux contours ondulés, qui associe finition colorée et efficacité. On y retrouve le sens de l’équilibre et une touche d’exotisme, avec cette capacité à transformer le prosaïque en une architecture miniature.

Porte-revues Harpers - Mathieu Matégot
Porte-revues Harpers – Mathieu Matégot

Chaise Nagasaki, Atelier Matégot (1954)

C’est sans doute l’icône absolue de Mathieu Matégot. La chaise Nagasaki allie tôle perforée, tubes d’acier cintrés et contreplaqué. Sa forme enveloppante, aérienne, quasiment immatérielle, lui vaut une place dans la légende du design français – et dans la collection permanente du Vitra Design Museum.

Chaise Nagasaki - Mathieu Matégot
Chaise Nagasaki – Mathieu Matégot

Table basse Soumba, Atelier Matégot (1954)

Drôle de bête à 3 pattes, Soumba séduit par ses pieds effilés, son plateau semi-transparent, et la rigueur de ses lignes. Une leçon de mixité joyeuse, combinant tradition artisanale et modernisme.

Table basse Soumba - Mathieu Matégot
Table basse Soumba – Mathieu Matégot

Etagère Demon Shelf, Atelier Matégot (1954)

Demon Shelf propose un système modulaire mural : des tablettes amovibles sur crémaillère, d’une incroyable simplicité d’utilisation… Mais toujours avec ce brin de fantaisie dans la tôle, la couleur et l’assemblage qui fait la différence.

Mathieu Matégot - Etagère en métal
Mathieu Matégot – Etagère en métal

Chaise Copacabana, Atelier Matégot (1955)

Avec son piètement filiforme, son assise qui s’enroule en une boucle exubérante et sa silhouette dansante, Copacabana est une invitation à la rêverie et à la convivialité. Bel hommage à la rondeur du métal et à l’esprit balnéaire des fifties !

Chaise Copacabana - Mathieu Matégot
Chaise Copacabana – Mathieu Matégot

Où acheter des meubles de Mathieu Matégot ?

Voici quelques sites marchands qui vendent des meubles de Mathieu Matégot :

  • Gubi, le ré-éditeur de l’oeuvre de Mathieu Matégot
  • MadeInDesign, boutique en ligne proposant du mobilier de designers du 20e siècle, avec une catégorie dédiée aux pièces de Mathieu Matégot
  • Pamono, marchand de mobilier vintage, dont des pièces de Mathieu Matégot

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