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Au cours de sa longue carrière, le designer artiste et iconoclaste Ron Arad, d’origine israélienne mais britannique d’adoption, est l’auteur d’une œuvre géniale de meubles design originaux, fantasques et inventifs.
Biographie et carrière de Ron Arad

Ron Arad nait le 24 avril 1951 à Tel-Aviv, en Israël.
Il fréquente d’abord la Bezalel Academy of Arts and Design de Jérusalem puis poursuit à partir de 1974 des études d’architecture à Londres, à l’Architectural Association School of Architecture – hasard de l’histoire, la future architecte et designer d’origine irakienne Zaha Hadid y est sa congénère.
Il décide de s’établir à Londres où il fonde en 1981 son propre studio design, One Off Ltd, en collaboration avec Dennis Groves et Caroline Thorman, studio design qui rencontre un franc succès dès ses premières œuvres ; cette reconnaissance vite acquise lui permet de multiplier les plus grandes marques de design de meubles et d’objets, comme Vitra, Moroso, Kartell, Magis, Driade, Flos, Alessi…
Son style se caractérise par une créativité débridée qui privilégie le côté artistique en faisant mine de peu se soucier du côté fonctionnel, apportant donc à la décoration d’intérieur un côté foufou, fantasque, original – bien loin de toute esthétique fonctionnaliste où « le beau c’est l’utile ».
En 2008, le MoMA (Museum of Modern Art) de New York lui consacre une grande rétrospective.
Vainqueur de nombreuses récompenses, il gagne notamment en 2016 le Compasso d’Oro – le célèbre prix du design en Italie – pour toute sa carrière.
Œuvre et meubles design de Ron Arad
Fauteuil Rover (1981)
Ce drôle de fauteuil ressemble plutôt à une sculpture d’artisan fou, assemblée à la va-vite un bricolo maniaque d’automobile désireux de ramener son siège auto à la maison, pour faire du vroum-vroum jusque dans son salon.
Il s’agit bel et bien d’un fauteuil de voiture de la marque Rover, que Ron Arad a récupéré dans une casse auto, et qu’il a monté sur… des éléments d’échafaudage !!
Un fauteuil ready-made digne de Marcel Duchamp, qui existe aussi en version deux-places. Je ne vous explique pas le concept ? Vous allez à la casse, vous désossez deux sièges, vous allez sur un chantier, vous volez 4 éléments en métal, et voilà !!!!
Mine de rien, ce fauteuil de designer connu prend sa place à la fois dans l’histoire de l’art – l’art de la récupération, du détournement, voire quelque part, de la satire – et dans l’histoire du design industriel puisque, qu’il s’agisse d’un fauteuil de salon (connoté plus esthétique et noble) ou d’un siège automobile (connoté plus industriel et utilitaire), il faut toujours le dessiner, le rendre beau et confortable. Art et design, même combat ?

Fauteuil Well-Tempered Chair (1986, Vitra)
Well-Tempered, ça vous rappelle quelque chose ? Le Well-Tempered Clavier, clavier bien tempéré de Johann-Sebastian Bach évidemment !
Donc là, il s’agirait de la version chaise d’un célèbre morceau de musique… je sens qu’on progresse bien dans la compréhension de ce chef d’œuvre du design.
Qu’est-ce qu’une chaise bien tempérée, au juste ?
Le mystère s’épaissit – mais pas plus qu’une feuille de tôle d’acier inoxydable, après tout – quand on voit de quoi il s’agit : une sorte de fauteuil Club sans cuir et sans rembourrage, mais qui conserve son côté dodu, bien en chair.
Donc, pourquoi bien tempéré ? Sans doute par analogie : l’art musical de Bach dans son Well-Tempered Clavier, c’est l’art du contrepoint, comment revenir à l’origine après toute une évolution du motif musical. Dans ce fauteuil, de même, les feuilles de métal reviennent se riveter à l’origine après avoir fait un petit tour dans le monde des circonvolutions.
Si tu as des enfants, tu feras gaffe : pas tellement parce qu’ils peuvent se blesser, mais parce que ça vaut 15 000 balles !!! Un malheur est si vite arrivé – on pourrait blesser une œuvre (en s’asseyant dessus par exemple, trop dommage !!)
La grande marque suisse de mobilier design Vitra édite l’œuvre, mais uniquement en miniature dans sa collection de reproductions d’œuvres de collection – là, elle ne vaut plus que 339€ !

Fauteuil Zigo et le tabouret de bar Zago (1992, Driade)
On dirait un peu un retour aux sources du Bauhaus, quelques 70 ans après : une structure en acier tubulaire, assise et dossier en rotin, ne dirait-on pas un fauteuil Marcel Breuer ou Mies van der Rohe des années 1920 ? Eh non, c’est bel et bien un Ron Arad des années 1990, sinueux à souhait.
Le fauteuil Zigo et son frère le tabouret Zago sont édités par Driade.

Etagère Bookworm (1993, Kartell)
Conçue à l’origine en acier, l’étagère Bookworm a ensuite été éditée en plastique (PVC) par la célèbre marque italienne de meubles en plastique Kartell.
Pourquoi Bookworm ? En anglais, book veut dire livre et worm veut dire ver – l’expression, équivalente au « rat de bibliothèque » français, représente donc quelqu’un qui passe sa vie à manger des livres ! Pourquoi pas, si on a faim ? Sauf que là, le long ver se retrouve collé au mur comme dans une collection entomologique – paf !
Pour maintenir les livres en place, l’étagère Bookworm est vendue avec des serre-livre qui servent aussi de fixations. Chaque utilisateur crée sa propre forme en posant les fixations où bon lui semble.
Elle existe en noir, blanc, rouge, bleu, jaune, marron…
Chaise Tom Vac (1997, Vitra)
Avec sa coque en polypropylène moulé et son piétement en tube d’acier, le fauteuil Tom Vac a tous les attributs du fauteuil design de la seconde moitié du 20è siècle.
Il fait beaucoup penser à la tradition déjà longue du siège en plastique dans le design italien, même s’il est édité par la marque suisse Vitra.

Chaise Three Skin (2002, Moroso)
La superbe chaise Three Skin (« trois peaux », et j’ignore pourquoi le mot skin n’a pas été conjugué au pluriel) chez Moroso se compose de trois plaques de contreplaqué moulé – du frêne, même si une version en fibres de carbone a été créée ultérieurement suite à son succès commercial.

Chaise Clover (2007, Driade)
La chaise Clover est une chaise de jardin en plastique qui adopte, comme son nom anglais l’indique, la forme d’un trèfle à 4 feuilles.
Elle a naturellement eu le bonheur d’être éditée chez Driade.
Fauteuil Raviolo (2011, Magis)
Pas besoin d’expliquer le nom du fauteuil Raviolo : en français une raviole, des ravioles, en italien un raviolo, des ravioli.
Comme découpé dans une pâte de plastique, le fauteuil Raviolo est strié et plissé comme le met qui l’inspire. Sauf qu’en plus, on peut s’asseoir dessus et il est disponible en pas mal de couleurs funky, fraîches comme de la sauce tomate au basilic.
Sans surprise, il est édité par la grande marque italienne de mobilier design Magis, spécialiste des créateurs de génie !

Fauteuil à bascule MT3 (Driade)
Qualifié de fauteuil à bascule ou de chaise berçante (« rocking chair »), ce siège se fait remarquer par ses lignes aérodynamiques et futuristes (on le dirait tout droit sorti des films 2001 l’Odyssée de l’espace ou Orange mécanique, de Stanley Kubrick)
Il a donc le profil parfait pour bronzer dehors à toute vitesse les cheveux au vent près de la piscine en faisant semblant de faire l’avion, avec son luxueux intérieur rouge comme des escarpins Louboutin (ou noir, si vous préférez) et un extérieur blanc sable comme du polyéthylène blanc sable – et d’ailleurs, c’est du polyéthylène blanc sable !!
Avec son design à mi-chemin entre un jouet et un bijou, le fauteuil MT3, qui ne craint ni la pluie ni la moquette, s’utilise aussi bien en intérieur qu’à l’extérieur.
Une fois de plus, son nom contient un trait d’humour : alors qu’il sonne comme un terme technique typique du design industriel, dans la lignée de la collection de meubles LC de Le Corbusier ou de la chaise LCW (« Long Chair Wood ») de Charles Eames, le nom MT se prononce en anglais « em-ti », qui fait penser à « empty », qui veut dire « vide » : ce fauteuil est vide en effet vu qu’il est creux à l’intérieur ! « MT3 » signifie donc : « le troisième fauteuil creux dont le nom contient une blague ». Ron Arad, designer de devinettes !
Edité par la marque italienne de mobilier design Driade, ce fauteuil a gagné un Compasso d’oro (un compas d’or, une sorte de Prix Nobel du design décerné en Italie) en 2008.

Canapé Do-lo-rez (Dolores), Moroso
Dans la collection des canapés Do-lo-rez, chez le fabricant italien Moroso, Ron Arad associe des dizaines de modules de base carrée de 21 x 21 cm, qui mesurent entre 27,5 et 83 cm de hauteur et sont fixés ensemble sur une plateforme.
Ces modules adoptent un camaïeu de couleurs, du rouge au noir ou du bleu au noir.
A l’intérieur, de la mousse de polyuréthane de densité variable : haute densité en bas pour assurer la solidité, basse densité en haut pour garantir le confort de l’assise.
Tapis Do-lo-rez, Moroso
Strictement assortis aux gammes de couleurs des divans Do-lo-rez, les tapis Do-lo-rez de Ron Arad reprennent la structure des sofas vue d’en haut, comme un assemblage de pixels, un jeu de Tétris mobilier.

Canapé Victoria and Albert, Moroso
Le canapé Victoria and Albert reprend une forme en 8 chère à l’auteur, semblable à la structure utilisée dans la célèbre chaise Tom Vac.
Déhoussable, son rembourrage se compose de mousses en polyuréthane de densités variables.
Présenté par Moroso au Salon du meuble de Milan en 2002, le canapé Victoria and Albert doit son nom au Victoria and Albert Museum de Londres qui venait d’organiser en juin 2000 une grande rétrospective de l’œuvre design de Ron Arad.
Canapé Soft Big Easy, Moroso
Inspirés par une sculpture en métal de Ron Arad, créée avant sa rencontre avec Patrizia Moroso qui le convainquit d’en faire des versions plus confortables, le canapé Soft Big Easy garde une structure en acier, mais recouverte de mousse polyuréthane puis d’un revêtement fixe en polyester, disponible en trois coloris : blanc, rouge, ou noir.
Fauteuil Soft Big Easy, Moroso
Petit frère du canapé Big Easy chez l’expert du meuble design italien Moroso, le fauteuil Soft Big Easy de Ron Arad a la même structure en acier et mousse de polyuréthane indéformable recouverte de fibre polyester.
Il possède une version Big Easy tout court (donc pas « soft »), conçue pour l’extérieur (« outdoor ») et fabriquée par rotomoulage en polyéthylène teinté dans la masse.
Le musée du design de Holon / Design Museum Holon (2010)
En collaboration avec l’architecte Bruno Asa, Ron Arad a conçu l’architecture du premier musée du design en Israël, construit à Holon, petite ville universitaire de la banlieue sud de Tel-Aviv.
Les bâtiments principaux, de forme rectangulaire, sont enveloppés par de spectaculaires rubans de béton peints dans un camaïeu d’oranges et de rouges sombres, qui se superposent et se plissent. On y retrouve donc le goût immodéré de Ron Arad pour les courbes !
Le site web du Musée du design de Holon

Design d’objets
Pour la marque d’objets design Alessi, Ron Arad conçoit ce shaker d’une simplicité désarmante et ce vase Babyboop, aux airs de sculpture d’art moderne.


























