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Brève histoire des femmes au Bauhaus
Une école égalitaire en théorie, sexiste en pratique
En 1919, l’architecte Walter Gropius fonde le Bauhaus en tant qu’école d’architecture et d’artisanat, dans la nouvelle capitale allemande, Weimar. Les femmes viennent à peine d’accéder au droit de vote en Allemagne, passée d’Empire à République suite à la défaite.
Dès l’origine, l’école se veut ouverte aux femmes qui en constituent à peu près la moitié des effectifs, même si le directeur Gropius fait encore la distinction entre le « sexe fort » et le « beau sexe », et si 100% des enseignants sont des hommes porteurs de clichés sexistes, comme celui de la masculinité du « génie », les femmes ne disposant au mieux que d’un « talent décoratif« .
Cette situation va évoluer lentement, et s’améliorer quand certaines femmes vont pouvoir accéder à des postes à responsabilités (Gunta Stölzl à l’atelier tissage, Marianne Brandt puis Lilly Reich à l’atelier métal)… ou se détériorer, quand la proportion de femmes va baisser et ne plus atteindre qu’environ 25% à la fin du Bauhaus.

Les étudiantes du Bauhaus se répartissent principalement dans des spécialités qui perpétuent les stéréotypes de genre : dans les ateliers
- tissage / textile (Benita Otte, Gunta Stölzl, Anni Albers, Gertrud Arndt, Otti Berger)
- poterie (Margarete Heymann-Loebenstein-Marks, Marguerite Friedlaender-Wildenhain)
- beaux-arts, peinture, graphisme, sculpture (Ilse Fehling, Friedl Dicker, Lou Scheper-Berkenkamp)
Néanmoins, deux ateliers innovent véritablement :
- photographie (Florence Henri, Grete Stern, Ise Gropius, Lucia Moholy)
- métal, menuiserie et peinture murale (Lilly Reich, Alma Siedhoff-Buscher, Marianne Brandt)
Pourtant, les compétences comme l’architecture et la menuiserie restent quasiment fermées aux femmes, notamment en raison du sexisme des enseignants comme Johannes Itten pour qui les femmes doivent rester loin de « l’esprit » qui serait d’essence masculine. Raison pour laquelle on trouve fort peu de designeuses de meubles sorties du Bauhaus : les œuvres de créatrices les plus célèbres restent liées aux arts textiles traditionnellement féminins, ou à des arts émergents comme la photo.
En effet, dès la fondation du Bauhaus et jusqu’à sa fermeture en 1933, les étudiantes se voient quasi systématiquement diriger vers l’atelier tissage – qui perpétue la tradition discriminatoire qui voue les femmes à broder des coussins.
Vies de femmes dans un monde d’hommes
En règle générale, la vie est très dure pour les femmes de cette génération : après avoir grandi dans les privations de la première guerre mondiale, elles subissent
- l’inflation délirante des années 1920 en Allemagne,
- puis la crise économique de 1929 et le chômage de masse des années 1930,
- puis l’avènement du nazisme, son interdiction faite aux femmes de travailler et sa politique antijuive qui touchera plusieurs artistes du Bauhaus – notamment Otti Berger qui mourra à Auschwitz, et le couple Josef et Anni Albers, qui doivent s’exiler – ,
- et enfin la seconde guerre mondiale, ses privations et les bombardements alliés – qui détruisent l’atelier de décoratrice de Lilly Reich en 1943, et tuent Alma Siedhoff‑Buscher –
- le tout en étant en permanence perçues comme inférieures en capacités, en intelligence, en talent.
Il leur a fallu bien du courage et de la ténacité pour oser affirmer leur créativité dans leur monde d’hommes.
C’est souvent d’ailleurs grâce à des hommes, notamment leurs compagnons ou leurs maris, qu’elles parviennent à survivre matériellement et à exister professionnellement, même si ceux-ci, en les aidant, les volent également, signant leurs œuvres à leur place comme le fit Ludwig Mies van der Rohe avec les meubles de Lilly Reich, ou mettant de fait un terme à leur carrière en les ramenant à leur rôle d’épouse, mère et ménagère, comme Alma Siedhoff‑Buscher après son mariage.
L’appropriation
Quand le Bauhaus déménage de Weimar à Dessau en 1925, il accentue son effort pour devenir un fabricant de meubles et objets décoratifs, et contribuer ainsi à s’auto-financer en devenant une véritable école professionnelle.
Ce louable effort s’accompagne d’une odieuse appropriation capitaliste. Les productions des élèves et des enseignant-e-s se voient signées, par contrat, sous le nom de Bauhaus, ce qui interdit toute reconnaissance à leurs auteurs et leurs autrices, notamment les designeuses anonymes de l’atelier tissage, mais aussi les rares étudiantes qui ont réussi, grâce à leurs relations notamment amoureuses ou parfois par la ruse (Alma Siedhoff‑Buscher a dit que son médecin lui interdisait le tissage, et recommandait la sculpture sur bois… elle a ainsi pu entrer à l’atelier menuiserie) à participer à d’autres ateliers.
Ainsi, les œuvres textiles de Gunta Stölzl, Benita Otte et Anni Albers, ou les services à thé best-sellers de Marianne Brandt de l’atelier métal, ont largement contribué au succès commercial du Bauhaus, sans rapporter un centime à leurs designeuses et sans qu’elles bénéficient d’aucune notoriété – ce qui permettait certes de perpétuer les idées reçues concernant leur incapacité congénitale au génie créatif.
Biographie des étudiantes et enseignantes du Bauhaus
Gunta Stölzl, d’étudiante à enseignante

Formée au Bauhaus, affectée à l’atelier tissage, elle en prend la direction à partir de 1927, en remplacement du peintre Georg Muche, à la suite d’une mobilisation des étudiantes contre Muche et en faveur de Stölzl.
Elle collabore notamment avec Marcel Breuer, lui aussi formé au Bauhaus et promu responsable de l’atelier menuiserie et métal.
Elle ne fait cependant pas long feu à ce poste d’enseignante, puisqu’elle est rapidement victime d’une campagne de diffamation organisée par des étudiants et un professeur, pour des raisons à la fois sexistes (on lui reproche un prétendu « dilettantisme », grand cliché de l’époque au sujet des femmes artistes) et antisémites (elle a épousé un ancien étudiant juif du Bauhaus en 1928).
Pourtant, Gunta Stölzl se tenait bien loin de toute revendication féministe et ne représentait donc aucun danger pour l’ordre patriarcal bien établi : soumise à l’idéologie machiste, elle défendait la vocation procréatrice des femmes, admirait ses professeurs masculins sexistes (Paul Klee, Vladimir Kandinsky).
Benita Otte, tisserande moderniste

Représentative de l’émancipation créative toute relative des femmes du Bauhaus, Benita Otte, fille d’un chimiste, a reçu une éducation bourgeoise qui lui a permit de devenir enseignante dans plusieurs disciplines – dessin, éducation physique, artisanat – dans des écoles privées pour filles en Allemagne.
Mais quand elle entre au Bauhaus en 1920, ce n’est qu’en tant que simple étudiante à l’atelier tissage, dont elle devient avec Gunta Stözl, avec qui elle se lie d’amitié, une des plus brillantes élèves.
Elle conçoit une bonne partie de l’aménagement intérieur de la villa Haus am Horn, manifeste fonctionnaliste construit par le Bauhaus pour exposer ses créations modernistes.
D’élève, elle devient employée du Bauhaus, toujours à l’atelier tissage, qui se garde bien de la nommer professeure.
Elle quitte le Bauhaus en 1925 et dirige les ateliers tissage dans des écoles d’arts et métiers de petites villes allemandes.
En 1929, elle épouse un architecte d’intérieur, Heinrich Koch, lui aussi formé au Bauhaus : grâce à cette caution masculine, elle expose et vend avec succès ses créations de l’atelier tissage de Halle.
L’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne amène le couple à déménager à Prague en Tchécoslovaquie. Mais son mari décède en 1934 et Benita Otte-Koch retourne en Allemagne, à Bielefeld, où elle dirige jusqu’en 1957 l’atelier tissage d’une institution psychiatrique.
Anni Albers, étudiante et enseignante en art textile

Anni Albers prend d’abord une formation artistique typique de son époque : privée et marginale. Elle prend des cours particuliers auprès d’un peintre, essuie le refus du célèbre Oskar Kokoschka de lui enseigner son art, entre dans une école d’arts appliqués pour femmes, puis au Bauhaus en 1922, dont elle devient maître adjointe à l’atelier tissage en 1929.
En 1933, elle émigre aux Etats-Unis avec son mari, Josef Albers, rencontré au Bauhaus, pour fuir les persécutions en raison de ses origines juives.
Elle devient enseignante en tissage au Black Montain College, puis à l’Université de Yale, en suivant les principes du Bauhaus, et collabore avec de grands fabricants de meubles comme Knoll, alors dirigé par une des rares femmes à ce poste, Florence Knoll.
Elle publie deux livres sur les arts textiles : On Designing en 1959 et On Weaving en 1965.
Lilly Reich, designeuse et décoratrice

Née en 1885 dans une famille bourgeoise à Berlin, Lilly Reich reçoit une éducation jusqu’au lycée avant de s’employer comme brodeuse au service d’une styliste et décoratrice d’intérieur novatrice prônant l’émancipation des femmes, Else Oppler-Legband.
Entre 1908 et 1911, Lilly Reich étudie au Wiener Werkstätte de Vienne, un atelier d’artiste mené par Josef Hoffmann, auteur du célèbre fauteuil Kubus, dont elle s’inspirera probablement plus tard pour la conception de ses meubles avec Mies van der Rohe.

Lilly Reich fonde son atelier de décoration d’intérieur et de stylisme de mode en 1911, puis devient membre l’année suivante du Deutscher Werkbund, une association de professionnels qui milite en faveur d’une adaptation de l’esthétique du meuble et de l’architecture à la production industrielle de masse ; elle sera même la première femme admise au comité directeur du Werkbund.
Grâce à ce réseau professionnel, Lilly Reich collabore à des expositions en tant que décoratrice. Elle ajoute ensuite la conception de meubles à sa gamme de produits et services, et devient donc une des premières designeuses allemandes.
A partir de 1927, Lilly Reich collabore avec l’architecte Ludwig Mies van der Rohe (avec qui elle entretient une relation amoureuse) d’abord sur une grande exposition à Stuttgart, puis à la conception de la villa Tugendhat et d’autres villas, puis à l’exposition universelle de Barcelone de 1929, au cours de laquelle ils dévoilent leur oeuvre commune, la chaise Barcelona.
En 1930, Lilly Reich dessine une gamme complète de mobilier en tubes de métal – lits, chaises, tables, méridiennes – que commercialise avec succès l’entreprise Bamberg Metallwerkstätten. Ce style de conception de meubles avait précédemment été exploré par l’architecte Mart Stam et par un élève du Bauhaus, Marcel Breuer.
La même année, Lilly Reich rejoint Ludwig Mies van der Rohe au Bauhaus et assume la direction de l’atelier de tissage, après l’éviction de Gunta Stölzl. La montée des nazis au pouvoir force l’école à fermer ses portes en 1933. Les nazis mettent également un terme au Deutscher Werkbund. Pendant quelques années, Mies van der Rohe et Reich tentent de s’adapter et présentent des expositions ensemble, mais en 1938, Mies van der Rohe préfère s’exiler aux Etats-Unis pour enseigner à Chicago, tandis que Lilly Reich continue à travailler dans la décoration à Berlin.
En 1945, Lilly Reich s’emploie à refonder le Deutscher Werkbund, puis enseigne l’architecture et la décoration d’intérieur à l’Université des arts de Berlin.
Elle meurt en 1947, âgée de 62 ans.
Marianne Brandt, designeuse pionnière

Marianne Liebe naît en 1893 à Chemnitz dans la Saxe, en Allemagne, fille d’un avocat renommé.
En 1911, elle part étudier les beaux-arts à Weimar, d’abord dans une école d’art privée, puis à l’école supérieure des beaux-arts, où elle rentre celui qui devient son mari en 1919, le peintre norvégien Erik Brandt.
En 1918, le couple voyage pendant quelques temps, en Norvège à Oslo, puis à Paris.
Rentrée à Weimar, Marianne Brandt s’inscrit au Bauhaus en 1923. Après avoir suivi le cours préparatoire de László Moholy-Nagy et Josef Albers, puis au cours sur les formes et couleurs de Paul Klee et Vladimir Kandinsky, elle entre à l’atelier métal dirigé par Moholy-Nagy, où elle réalise ses premières œuvres : un porte-encrier avec repose-plume en tôle de cuivre et en maillechort (alliage de cuivre, nickel et zinc), puis une théière qui deviendra un best-seller du Bauhaus.
En 1926, elle est nommée directrice adjointe de l’atelier métal, et le dirige par intérim entre 1928 et 1929 après le départ de Moholy-Nagy.
Cette même année, elle lance une collaboration avec deux entreprises pour fabriquer des lampes en métal sous la marque Kandem. L’opération est un succès et 50% des profits lui sont attribués. Brandt conçoit ou supervise la conception de 28 modèles de lampes, conçues à partir des formes géométriques de base : cercle, carré, triangle, sphère, cube, pyramide.
En 1929, Marianne Brandt obtient son diplôme du Bauhaus et collabore pendant quatre mois comme architecte d’intérieur à l’agence berlinoise de l’ancien directeur Walter Gropius (remplacé comme directeur du Bauhaus de Dessau par Hannes Meyer). L’année suivante, Brandt participe à l’exposition du Werkbund à Paris, sous la direction de Gropius, sur le thème de l’habitat.
En 1929 toujours, elle trouve un poste de directrice du design dans une entreprise de fabrication métallique, Ruppelwerk, dans la ville de Gotha, et crée toute une gamme d’appareils ménagers. Mais à cause de la crise économique qui frappe durement l’Allemagne, elle est licenciée en 1932.
L’accession des nazis au pouvoir change l’ambiance : les femmes sont invitées à rester à la maison. Marianne Brandt subit une longue période de chômage forcé jusqu’en 1948.
En 1935, elle divorce d’Erik Brandt.
Après la guerre, elle reste à Chemnitz qui se retrouve en RDA et se renomme Karl-Marx-Stadt.
Entre 1949 et 1951, elle enseigne le travail du bois, du métal et de la céramique à l’école supérieure d’artisanat de Dresde, sous la direction de Mart Stam, et peut créer à nouveau des lampes en métal et en céramique.
Entre 1951 et 1954, elle assiste Mart Stam à l’Institut de design industriel de l’École supérieure des beaux-arts de Berlin.
Alma Siedhoff‑Buscher, designeuse de meubles pour enfants et jouets

Alma Buscher nait en 1899 à Kreuztal en Allemagne. Elle s’intéresse très tôt aux arts et suit des cours dans des écoles d’art de Berlin à partir de 1917.
Après avoir découvert des œuvres de Paul Klee et de Vladimir Kandinsky dans une exposition, elle s’inscrit comme étudiante au Bauhaus de Weimar. Elle entre d’abord à contrecœur à l’atelier textile – qu’elle détourne en créant des poupées en fil plutôt que des textiles – , mais finit par convaincre ses professeurs de changer de section, et adopte l’atelier menuiserie.
Elle doit ruser et prétendre n’être qu’une simple visiteuse de l’atelier… auquel elle n’est pleinement admise que quand ses créations se vendent et rapportent de l’argent au Bauhaus, réfutant l’idée sexiste de Gropius selon laquelle les femmes sont « incapables de penser en 3 dimensions » (ce qui n’empêcha pas ce dernier de confier à plusieurs reprises des projets à des collaboratrices, avec une certaine ambivalence).
Alma Siedhoff-Buscher s’illustre notamment quand on lui confie la décoration de la chambre d’enfant de la maison témoin Haus am Horn lors de l’exposition du Bauhaus en 1923.
Elle crée pour l’occasion son jeu pour enfant en bois, fait de pièces colorées de diverses formes et dimensions, que les enfants peuvent librement assembler. Cette création lui vaut immédiatement des commandes, et restera un best-seller.
En 1925, elle déménage avec le Bauhaus à Dessau où elle continue ses études jusqu’en 1927, après quoi elle en devient employée à l’atelier menuiserie.
En 1926, elle épouse le danseur et acteur Werner Siedhoff.
Elle cesse ensuite de produire des œuvres, et meurt en 1944 dans un bombardement allié.
Lotte Stam‑Beese, architecte et urbaniste

Née à Reisicht en Silésie en 1903, Charlotte Beese se forme d’abord comme sténo-dactylo. Elle rejoint le Bauhaus de Dessau en 1926. Après avoir suivi le cours préliminaire, elle participe faute de mieux à l’atelier tissage, tout en s’initiant à la photo.
Elle est la première femme qui réussit à s’inscrire, en 1928, dans l’atelier architecture dirigé par Hannes Meyer… avec qui elle entretient une relation amoureuse, alors qu’il est marié et père de deux enfants.
Quand Meyer devient directeur du Bauhaus, cette relation fait jaser et Meyer demande à Lotte Beese de quitter l’école, ce qu’elle fait, sans avoir obtenu aucun diplôme. Meyer l’emploie quelques temps dans son cabinet d’architecture.
Elle voyage en URSS, en Tchécoslovaquie et en Ukraine où elle construit des bâtiments. Elle y rencontre l’architecte et designer néerlandais Mart Stam, qu’elle épouse peu après.
Entre 1935 et 1941, Stam et Beese ouvrent leur cabinet d’architecture, décoration d’intérieur et design de meubles à Amsterdam.
Lotte Stam-Beese obtient enfin son diplôme d’architecture en 1945, et se sépare de Stam.
Entre 1946 et 1968, elle se consacre à la reconstruction de Rotterdam en tant qu’architecte et urbaniste.
Gertrud Arndt

A sa manière, la biographie de Gertrud Arndt représente bien le destin de beaucoup d’étudiantes du Bauhaus, et en général des femmes dans les écoles d’art avant 1945 et même après, puisqu’elle ne fait tout simplement pas carrière.
Née en 1903 à Ratibor dans l’Empire austro-hongrois (actuellement en République tchèque), Gertrud Hantschk entreprend en 1919 des études en arts appliqués, développe une passion pour l’architecture et collabore avec un architecte, ami de Walter Gropius.
Admiratrice de Klee et Kandinsky, elle s’inscrit au Bauhaus mais découvre qu’elle ne peut entrer à l’atelier d’architecture, qui refuse les femmes. Elle suit le cours préliminaire et entre à l’atelier tissage, où elle devient amie avec Gunta Stölzl et Otti Berger.
Son projet de tapis pour le bureau du directeur Gropius, fait de carrés bleus et jaunes, très proche de l’esthétique de Paul Klee, est devenu une icône du Bauhaus et a été recréé longtemps après sa conception.
En 1925, elle suit le Bauhaus à Dessau dont elle sort diplômée en 1927 – en pure vanité puisqu’elle ne travaillera jamais dans le secteur.
Au cours de ses années d’étudiante, elle a conçu des dizaines de designs, notamment pour des tapis, qui lui ont permis de survivre chichement.
En 1927, elle épouse Alfred Arndt, un élève du Bauhaus de l’atelier de peinture murale, et qui devient responsable de l’atelier de construction du Bauhaus. A partir de là, Gertrud Arndt abandonne totalement la création de textiles.
Elle conserve une activité créative en faisant des photos – des autoportraits où elle joue avec les textiles, et des portraits originaux d’élèves de l’école, notamment Otti Berger. Elle prend également des photos du Bauhaus de Berlin à sa fermeture en 1932.
Cette activité s’étiole et Gertrud Arndt reste mère de famille et épouse pour le restant de sa vie.
Otti Berger, designeuse de textiles

Née en 1897 à Zmajevac dans l’Empire austro-hongrois, Otti Berger prend la nationalité yougoslave en 1918.
Elle entre au Bauhaus de Dessau en 1927, suit le cours préliminaire puis participe à l’atelier tissage de Gunta Stölzl, où elle s’intéresse de près aux matériaux et aux techniques, écrivant même un traité à ce sujet. Elle en sort diplômée en 1930 et travaille ensuite pour des ateliers textiles allemands, en signant ses créations Otti Berger Stoff (« tissus Otti Berger« ), devenant ainsi la première élève du Bauhaus à copyrighter ses œuvres sans se les faire voler.
En 1931, Otti Berger assure un cours de technique textile au Bauhaus quand Gunta Stölzl est chassée de l’école. Sous la direction de Lilly Reich, dont le tissage n’est pas la spécialité, Otti Berger perd sa place et préfère fonder son propre atelier textile à Berlin – elle rachète même du matériel du Bauhaus quand celui-ci est fermé par les nazis.
Elle collabore avec une série d’entreprises et fabrique des rideaux, des revêtements de meubles, déposant même des brevets pour ses innovations comme les tissus double épaisseur.
En 1935 cependant, les lois nazies la contraignent à cesser de travailler, en tant qu’étrangère avec des origines juives. Elle s’exile en Angleterre en 1937, en écoutant le conseil de Walter Gropius, et projette d’aller enseigner à Chicago.
Quand la guerre éclate, elle se trouve en Yougoslavie pour une visite familiale, et incapable d’obtenir un visa. On perd ensuite sa trace et on sait juste qu’elle est morte à Auschwitz en 1944.





























