Ib Kofod-Larsen – Vie et oeuvre d’un designer danois élégant et stylé, auteur de chaises, fauteuils et canapés inoubliables

Fauteuil Seal - Ib Kofod-Larsen

Ib Kofod-Larsen, c’est un peu le poète du teck, l’acrobate du palissandre, et le prestidigitateur du confort, dans la grande tradition du design scandinave des années 1950.

Quand tous les designers scandinaves du siècle dernier taillaient leurs meubles au cordeau, lui, sculptait ses dossiers comme des ailes et dessinait ses accoudoirs à la caresse – pour des salons façonnés au diapason de l’élégance et du bien-être. Une approche chaleureuse qui tranche, disons-le, avec certains minimalismes plus froids qu’on a pu voir ensuite.

Prêt pour un voyage dans la fabrique d’un grand nom du design danois et du mobilier vintage scandinave ? Installez-vous dans un fauteuil… peut-être même un Seal.

Biographie

Ib Kofod-Larsen voit le jour au Danemark en 1921, à Bramming plus précisément, dans cette Jutland un peu rude où la nature impose son rythme.

Sa petite enfance, bercée entre la mer du Nord et le souffle du vent, façonnera sans doute plus tard son goût pour les formes organiques et fluides, très proches de ce que l’on retrouvera plus tard chez des designers comme Finn Juhl ou Hans Wegner. On est dans un Danemark d’après-guerre qui réinvente son identité par le mobilier, ce n’est pas anodin.

Mais avant d’attaquer la galette du design, Kofod-Larsen passe par la case apprentissage : il commence comme ébéniste, métier du bois par excellence, puis affine sa sensibilité artistique à l’Académie royale danoise des Beaux-Arts de Copenhague. Une école qui a vu passer quelques Grands, et qui lui permet de croiser le fer – ou plutôt la gouge – avec la fine fleur du design scandinave. À mon avis, c’est aussi là qu’il comprend comment concilier production industrielle et exigence de l’artisanat.

Le vrai tournant, c’est en 1948. À peine diplômé, Ib Kofod-Larsen remporte un concours organisé par le fabricant Holger Christensen – un coup d’éclat qui lui vaut ses premiers contrats avec des maisons danoises réputées comme Christensen & Larsen. À cette époque, le design danois commence à attirer l’attention en Allemagne, au Royaume-Uni et surtout aux États-Unis, où les magazines de décoration vantent déjà les mérites du « Danish Modern ».

Bientôt, il trace seul sa route en ouvrant son studio à Copenhague. Là, il ronge son teck, peaufine les courbes et commence à imposer sa signature : celle d’un designer qui ne sacrifie jamais le confort à la pureté de la ligne. En somme, Kofod-Larsen associe l’intelligence de l’artisan à l’audace de l’artiste, un peu comme un pont entre l’atelier traditionnel et la modernité optimiste des Trente Glorieuses.

Ib Kofod-Larsen - Portrait
Ib Kofod-Larsen – Portrait

Les années 1950-1970 sont sa période bénie. Non content d’être un pilier du design danois, il exporte son savoir-faire : le mobilier de Kofod-Larsen s’invite chez les plus grands éditeurs étrangers. Les ateliers de Faarup Møbelfabrik, Carlo Gahrn, Bovenkamp, Selig, ou OPE Møbler produisent ses modèles. Le public, lui, découvre un style combinant la robustesse des matériaux (teck, palissandre, cuir) et une recherche absolue du confort. Les dos sont galbés, les accoudoirs soyeux, et les assises invitent autant à la méditation qu’à la sieste dominicale. Dans les intérieurs américains et allemands, ces meubles deviennent vite des symboles d’un art de vivre nordique, simple mais raffiné.

Kofod-Larsen excelle dans l’art du Mid-Century Modern danois, mais il a aussi le chic pour sentir l’air du temps : buffets bas, commodes à portes coulissantes, canapés aériens et fauteuils lounge deviennent ses territoires de prédilection. Il innove aussi bien sur les assises que le rangement, en repoussant, sans jamais les brusquer, les limites de la sobriété nordique. Cela le rapproche, à sa manière, des recherches de Alvar Aalto en Finlande ou d’Arne Jacobsen avec ses célèbres fauteuils Egg et Swan.

Il recevra plusieurs distinctions, couronnera de collaborations internationales mais restera tout au long de sa carrière fidèle à ses valeurs : artisanat d’exception, élégance qui traverse les modes, et créativité sans arrogance. Ce mélange discret de luxe et de simplicité explique en partie son retour en grâce sur le marché du design vintage depuis une quinzaine d’années.

Ib Kofod-Larsen s’éteint en 2003. Sa postérité, elle, n’a fait que grandir : collectionneurs, maisons de ventes et musées se disputent ses créations. Pourquoi ? Parce qu’elles allient magistralement beauté, durabilité et confort – l’essence même du design scandinave. Et parce qu’un fauteuil signé Kofod-Larsen aujourd’hui, c’est toujours la promesse d’un style qui ne se démode jamais, apprécié aussi bien dans les lofts new-yorkais que dans les appartements berlinois.

Voilà : la magie Kofod-Larsen, c’est l’intemporalité. Ses meubles, toujours recherchés par les collectionneurs et les amateurs, continuent d’inspirer le design contemporain et les grandes marques d’édition actuelles. Le beau, le pratique, le chaleureux : Ib Kofod-Larsen avait trouvé la recette, et il l’a transmise sans jamais se trahir. Une preuve ? Asseyez-vous dans l’un de ses fauteuils, et vous verrez. Vous aurez du mal à vous relever… et, honnêtement, on n’a pas tellement envie de se lever.

Meubles design célèbres

Chaise Knitting chair, Selig (1951)

Littéralement « chaise à tricoter » à cause de ses accoudoirs qui soutiennent les coudes quand on tricote ou plus simplement quand on lit, ce siège associe une structure de bois clair à une assise et un dossier en peau de mouton, dans un esprit très cocooning avant l’heure.

 

Chaise knitting chair - Ib Kofod-Larsen
Chaise knitting chair – Ib Kofod-Larsen

Chaise Penguin, Christensen & Larsen (1953)

La Penguin est sans doute la plus facétieuse des créations de Kofod-Larsen. Sa silhouette rappelle un manchot qui se dresse, dossier arrondi comme de courtes ailes repliées, pieds effilés, assise qui flotte dans l’espace. On est presque dans la sculpture moderniste, quelque part entre objet utilitaire et petite oeuvre d’art.

À la fois sculpture et chaise du quotidien, la Penguin fait swinguer la salle à manger danoise… et s’exporte partout où l’on aime les meubles qui ont du panache. On la retrouve aujourd’hui dans de nombreux intérieurs au style Scandi ou Mid-Century, mise en avant dans les magazines de décoration et chez certains antiquaires spécialisés.

Chaise Penguin Chair - Ib Kofod-Larsen
Chaise Penguin Chair – Ib Kofod-Larsen

Fauteuil Seal (Elizabeth), OPE Møbler (milieu des années 1950)

Le fauteuil Seal, ou « Sæl » pour les intimes scandinaves, c’est le fauteuil star du salon apéritif, celui qu’on place volontiers en pièce maîtresse dans un intérieur de style nordique.

Son dossier incurvé épouse la colonne vertébrale, ses accoudoirs enveloppent, promettant des heures de lecture ou de sieste.

Son piétement complice, en teck massif, semble porter toute la structure avec la grâce d’un danseur étoile.

Un classique décliné aussi en canapé, aussi confortable que d’un moelleux rare, parfait pour un salon de style Mid-Century Modern ou une déco plus contemporaine qui aime le bois et les lignes organiques.

Il fallait bien une reine pour sacrer le talent danois : la série Seal s’appelle aussi Elizabeth après que la Reine Elizabeth II, lors d’une visite officielle au Danemark, ait acquis une paire de fauteuils. Un détail d’histoire qui a beaucoup compté dans la notoriété internationale de la pièce, notamment sur le marché anglo-saxon.

Fauteuil Seal - Ib Kofod-Larsen
Fauteuil Seal – Ib Kofod-Larsen

Tabouret Seal, Audo Copenhagen

Dans la même veine, l’élégant designer a aussi créé le tabouret Seal, qui se décline lui aussi en une variété de coloris et revêtements. Un complément idéal pour un salon scandinave ou une chambre au style épuré, que les éditeurs contemporains comme Audo Copenhagen remettent en avant pour répondre à la demande croissante de mobilier danois authentique.

Tabouret Seal - Ib Kofod-Larsen - Audo Copenhagen
Tabouret Seal – Ib Kofod-Larsen – Audo Copenhagen

Enfilade FA66, Faarup Møbelfabrik (années 1960)

Dans la famille rangement, je demande la star : le buffet FA66 ! Portes coulissantes, tiroirs alignés, teck ou palissandre poli comme une relique. La ligne est pure, la fonctionnalité diabolique – tout Kofod-Larsen dans un meuble qui traverse les âges sans une ride. Ce type d’enfilade scandinave s’est imposé dans les intérieurs européens comme une alternative plus légère aux buffets massifs d’avant-guerre.

Enfilade FA66 - Ib Kofod-Larsen - Faarup Møbelfabrik
Enfilade FA66 – Ib Kofod-Larsen – Faarup Møbelfabrik

Canapé Love Seat, Selig (années 1960)

Une assise droite mais des angles doucement arrondis et un dossier enveloppant : le canapé Love Seat offre le confort de la convivialité, sans l’austérité nordique parfois reprochée aux voisins. Il incarne bien ce que le public américain attendait alors du « Danish style » : un canapé design compact, chaleureux, pensé pour les petits espaces urbains.

Canapé Love Seat - Ib Kofod-Larsen - Selig
Canapé Love Seat – Ib Kofod-Larsen – Selig

Chaises de salle à manger, Selig (1962)

Il fallait oser : des lignes pures, une assise légèrement incurvée, et un profil effilé qui donne à n’importe quel repas la gravité d’une cérémonie scandinave. Ici, plus qu’ailleurs, la rigueur ne sacrifie jamais le confort. Ces chaises de salle à manger illustrent parfaitement l’idéal du design nordique : sobriété des formes ; qualité des matériaux ; ergonomie discrète mais très réelle.

Chaises de salle à manger - Ib Kofod-Larsen
Chaises de salle à manger – Ib Kofod-Larsen

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