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Quelques dessins suffisent parfois pour établir une légende. Mais dans le cas d’Ole Wanscher, ce sont plus de 500 meubles raffinés — et une vie entière à rêver la beauté des formes — qui ont installé ce designer danois au panthéon du style scandinave.
Son style ? L’élégance sans effort, des proportions impeccables, et une obsession assumée pour l’art de s’asseoir. Par ici, c’est tout l’esprit “mid-century” danois qui se raconte, entre érudition, quête du confort et passion pour l’ébénisterie !
Biographie
Ole Wanscher naît à Copenhague le 13 septembre 1903, dans une famille où l’art est un sujet de conversation quotidien. Son père, Gustav, est critique d’art, et son beau-père n’est autre que l’illustre Kaare Klint, pionnier du mobilier danois moderne. Un environnement parfait pour un futur designer, même si le jeune Ole se rêvait d’abord en explorateur ou en botaniste.
Studio d’art, puis apprentissage ébéniste : l’avenir du jeune Ole prend la forme séduisante d’une vocation faite d’artisanat et d’intelligence formelle. Il entre à l’Académie Royale Danoise des Beaux-Arts dans les années 1920, à la meilleure table qui soit : celle de son mentor Kaare Klint. Klint lui transmet une rigueur analytique peu commune, où chaque meuble est étudié comme une “forme utile”, fusion entre laisser-aller esthétique, ergonomie et fonctionnalité.
Après avoir été assistant dans le célèbre cabinet de Klint de 1924 à 1927, Wanscher s’émancipe. Il fonde son propre studio d’architecture et de design en 1930. Ses débuts le voient également collaborer avec d’autres grands noms du design danois, et il développe rapidement sa griffe : une sorte de modernisme serein, nourri de nombreuses influences, du mobilier anglais du XVIIIe siècle au design égyptien ancestral, en passant par ses explorations en Europe, en Égypte ou au Japon.
Son credo : un bon meuble ne répond pas à une tendance, il endure le temps par la force de sa construction, l’évidence de sa ligne — et le plaisir qu’il procure à son utilisateur.
Des années 1930 aux années 1960, Ole Wanscher multiplie les créations, travaille avec des éditeurs de renom comme France & Søn, Poul Jeppesen Møbelfabrik A/S ou Carl Hansen & Søn, et commence à inventer les futurs “classiques” du design danois que le monde entier s’arrachera quelques décennies plus tard, notamment ceux de sa collaboration avec l’ébéniste A.J. Iversen.
Sa patte : des proportions raffinées, l’habileté à faire paraître la structure légère — alors qu’elle est robuste —, et une virtuosité artisanale héritée de l’ébénisterie classique. L’ensemble sent la maîtrise, avec ce petit supplément d’âme propre au mobilier qui a vécu… et qui survivra à tous les changements de modes.
Entre deux coups de crayon, Wanscher s’attelle aussi à la transmission. En 1955, il succède, tout naturellement, à Kaare Klint au poste de professeur à l’Académie Royale des Beaux-Arts du Danemark, où il enseigne jusqu’en 1973.
Il s’impose alors comme le passeur d’une tradition moderniste danoise, tout en restant aussi exigeant pour ses étudiants que pour ses propres créations. On raconte que, dans sa classe, le moindre tabouret devait tenir l’épreuve du temps (et du regard acéré du maître !)
Érudit, il publie plusieurs ouvrages sur l’histoire du mobilier et l’art du siège, devenant ainsi le “théoricien élégant du design utilitaire”. On peut citer notamment The History of the Art of Furniture et Five Thousand Years of Furniture.
Reconnu internationalement, Ole Wanscher reçoit la médaille Eckersberg en 1949, le Grand Prix à la Triennale de Milan en 1960, et la médaille C.F. Hansen en 1980.
Jusqu’à sa disparition le 27 décembre 1985 à Charlottenlund, son œuvre poursuit sa route, intemporelle et respectée, dans les salons, musées et salles de ventes du monde entier.

Ole Wanscher a laissé au design une leçon magistrale : la beauté n’est jamais un caprice, c’est une discipline. Chez lui, chaque meuble témoigne d’une quête d’essentiel, de légèreté et de fonctionnalité, fidèle à l’esprit Danish Modern qu’illustrèrent ses contemporains, Hans Wegner, Borge Mogensen et Finn Juhl.
Toujours produit par les meilleurs éditeurs, toujours célébré dans les expos, ce mobilier s’adresse autant aux puristes du design qu’aux amateurs de confort distingué. Un style intemporel, pour des vies qui ne cherchent pas à l’être moins.
Meubles design célèbres
Chaise Coloniale OW149, Carl Hansen & Søn (1949)
Inspirée par le mobilier colonial anglais et les sièges du XVIIIe siècle, la chaise Coloniale (OW149) en réalise la synthèse parfaite : élégance éthérée, structure en bois massif (palissandre, acajou, ou chêne), dossier et assise tressés.
Ole Wanscher réinvente ici la légèreté, avec un jeu subtil de courbes et de lignes fuselées, à la fois solide, pratique et… franchement irrésistible pour une pause café littéraire ou un coin lecture au coin du feu.

Chaise PJ-112 (chaise espagnole), Poul Jeppesen (1950s)
La chaise PJ-112, parfois appelée « chaise espagnole« , se distingue par une structure minimaliste qui met en valeur le travail du bois et du cuir.
Inspirée des chaises de campagne du sud de l’Europe, ce modèle est remarquable par sa légèreté apparente, sa solidité réelle, et la patine qu’il acquiert avec le temps.
C’est une pièce qui raconte une histoire, entre méditerranée fantasmée et raffinement nordique. Une chaise pour qui aime voyager en restant bien assis.

Fauteuil Senator OW152, France & Søn (1951)
Le fauteuil Senator complète la gamme du même nom, avec ses accoudoirs généreux, sa pureté architecturale et son confort somptueux.
Structure en bois apparent, coussins accueillants : un fauteuil aussi à sa place dans un bureau d’avocat que dans un salon scandinave, autant dire, un siège de pouvoir et de plaisir à la fois.

Table de salon Rungstedlund, Poul Jeppesen (1951)
La table de salon Rungstedlund fait hommage à la maison de l’écrivaine Karen Blixen, et c’est tout l’esprit de la modernité danoise qui déroule son charme ici : plateau ovale ou rectangulaire en teck, pieds fins et élancés, proportions équilibrées.
Pratique, belle et aussi à l’aise sous une pile d’assiettes que de tasses à thé, la table Rungstedlund distille une élégance tranquille dans tous les salons intellos — ou pas.

Tabouret égyptien PJ 2000, Poul Jeppesen (1957)
L’Egyptian Stool (tabouret égyptien) montre l’amour d’Ole Wanscher pour les références historiques.
Inspiré par un tabouret découvert dans une tombe pharaonique, ce siège pliant (en acajou massif, corde tendue ou cuir) matérialise la rencontre du rationnel et du poétique — il est aussi à l’aise dans un appartement moderne que dans une reconstitution cinématographique.
Un tabouret aussi élégant debout que replié, à sortir pour surprendre vos amis ou méditer sur les bords du Nil… ou de la Seine !

Table basse Colonial OW149F, Carl Hansen & Søn (1964)
La table basse Colonial appartient à la même famille et partage les lignes pures, la sobriété, le piétement aérien, la chaleur des essences de bois. Elle accompagne fauteuils et sofas de la collection, en devenant le centre naturel du salon.

OW150 Daybed, Carl Hansen & Søn (1960)
Pur, pratique, associé à la détente élégante, le OW150 Daybed est un lit de repos en bois massif et cuir, où allongé, on se sent un peu, avouons-le, comme un prince du design danois.









