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Designer de meubles et architecte d’intérieur, Eero Arnio fait partie des principaux représentants finlandais du design pop et du « space age« . Il est l’auteur des fauteuils iconiques Ball et Bubble, devenus des références presque incontournables du design contemporain et des intérieurs futuristes.
Biographie
Eero Aarnio naît le 21 juillet 1932 à Helsinki, capitale de la Finlande, dans un pays où le design scandinave est presque une seconde nature.
Il étudie le design à l’Ecole d’art industriel (devenue l’Université Aalto des arts et du design) entre 1954 et 1957. Cet enseignement, assez fonctionnel au départ, il va vite le tordre et le réinventer à sa manière.
En 1962, il fonde à Helsinki son propre bureau de design d’intérieur et design industriel. Il s’intéresse à la fibre de verre, un matériau moderne, résistant et malléable, et l’utilise pour concevoir ses premiers meubles au look radical. Un peu comme certains céramistes japonais du mouvement mingei, il prend un matériau banal et en fait, à sa façon, quelque chose de presque poétique.
En 2008, Aarnio gagne un prix Compasso d’oro pour son meuble Trioli édité par Magis, consacrant ainsi une carrière où le design pour enfant croise souvent l’expérimentation formelle.
Depuis 2016, ses œuvres iconiques sont rééditées par l’entreprise Eero Aarnio Originals, qui remet sur le marché des classiques du design vintage mais aussi des pièces plus rares, recherchées par les collectionneurs.
Meubles design d’Eero Aarnio
Le fauteuil Ball Chair
Présenté au public au Salon du meuble de Cologne (Allemagne) en 1966, le fauteuil Ball Chair fait un carton immédiat dans la presse et les salons. On est alors en pleine vague « space age » : le lancement du satellite Spoutnik en 1957 et le premier vol spatial habité de Youri Gagarine en 1961 ont lancé une course à l’espace qui fait rêver les foules ; les intérieurs se remplissent de formes rondes, d’objets futuristes, de couleurs franches.
Le fauteuil Ball Chair se présente comme un globe de fibre de verre, tapissé à l’intérieur et à l’assise faite d’un simple coussin. Ce globe est posé sur un piédestal très semblable à ceux des tables et chaises du célèbre Pedestal Group / Tulip (1957) de l’américain d’origine finlandaise, Eero Saarinen. On peut y voir une sorte de dialogue discret entre deux Eero, deux manières de penser la modernité.
Assis dans un fauteuil Ball, on est comme dans un vaisseau spatial personnalisé, un cocon coupé du monde qui transforme l’utilisateur en cosmonaute parti pour un voyage intérieur. À mon avis, c’est une des rares assises qui matérialise vraiment l’idée de « capsule », au sens presque psychanalytique ; ça me fait un peu penser aux architectures utopiques de Constant ou aux visions radicales d’Archigram.

Le fauteuil Bubble Chair
Le fauteuil Bubble, sorti en 1968, est une évolution évidente du Ball : une bulle transparente en acrylique, suspendue à une chaîne attachée au plafond via un cercle d’acier. Il flotte littéralement dans l’espace domestique, comme un petit satellite privé dans le salon.
A l’intérieur, Eeero Aarnio a disposé des éléments plus classiques : deux coussins qui forment l’assise et le dossier. Le contraste entre la transparence du globe et la douceur textile crée un effet très cinématographique, presque « retro-futur ».
Ce jeu sur la transparence, qui brouille la frontière entre dedans et dehors, rappelle – toutes proportions gardées – la manière dont un artiste comme Jesús Rafael Soto jouait avec la perception et la lumière ; ici, ce n’est plus une œuvre cinétique, c’est un fauteuil design, mais l’idée de suspension, de flottement, reste la même. On pourrait dire, en forçant un peu le trait, que ce Bubble est un « nuage » d’intérieur, un petit nuage perso : un kumo, comme disent les Japonais.

Le fauteuil Pastil Chair
En 1967, Eeero Aarnio a conçu un fauteuil totalement moulé en fibre de verre, sans coussins ni tapisserie. Il l’a nommé « Pastil », pastille car il ressemble à un gros bonbon coloré. Un objet à la fois ludique, presque enfantin, mais aussi très étudié du point de vue ergonomique.
Pour créer la forme, le designer a sculpté un bloc de polystyrène, qu’il a ensuite fait reproduire par moulage. Ce travail à la main, assez intuitif, le rapproche davantage d’un sculpteur que d’un simple designer industriel.
Le fauteuil est donc monobloc en apparence : assise, dossier, piètement et accoudoirs, tous ces éléments ne font plus qu’un. Cette fusion des parties rappelle, d’une certaine manière, les céramiques organiques de Lucie Rie ou les formes compactes de certains bronzes modernes ; ici, tout est fondu, unifié, comme un caillou poli par la mer (un galet pop).
Objet culte du design des années 60, le Pastil trouve encore sa place dans les projets de décoration intérieure rétro, scandi ou même totalement minimalistes, tant sa silhouette est immédiatement reconnaissable.

La chaise Pony
En 1972, Eero Aarnio sort la chaise Pony, qui malgré son nom ne ressemble que vaguement à un poney. C’est presque une créature imaginaire, un totem domestique plus qu’un simple siège design.
Dans la ligne des idées libertaires des années 1960-1970, cette chaise en plastique moulé prône la liberté de s’asseoir comme on veut, y compris « à cheval » ou « à califourchon » sur un objet qui ne ressemble pas à une chaise conformiste. Je trouve que c’est une réponse malicieue aux normes bourgeoises de l’ameublement : on ne sait plus trop si l’on est sur un jouet, un animal ou un tabouret.
Elle a été rééditée plus tard, dans une version légèrement plus petite (plus adaptée à un public plus jeune, les soixante-huitards ayant grandi), avec un plastique qui autorise un usage en extérieur. Ce passage de l’intérieur vers l’outdoor est typique du design scandinave contemporain ; la frontière entre maison et jardin devient plus fluide, plus « soft », pour reprendre un anglicisme un peu facile.
Au fond, cette Pony s’inscrit dans une tradition d’objets-personnages qui va, si l’on veut chercher loin, des masques africains jusqu’aux figurines de Niki de Saint Phalle : un design qui sourit et qui bouge, pas un simple volume silencieux.

La table Screw
Sortie en 1992, la table Screw consiste en un spectaculaire zoom sur une tête de vis. Une idée pop et ludique à la « Alice au pays des merveilles » où l’ordinaire devient extraordinaire par un simple changement d’échelle, presque un clin d’œil aux surréalistes qui adoraient décaler les objets du quotidien.
Cette table basse joue avec la notion de détail agrandi : ce qui était caché dans la mécanique devient le centre de l’attention. On pourrait parler, en japonais, de « mitate » – l’art de voir autre chose dans ce qui est là. Comme certains peintres de la Renaissance tardive grossissaient les proportions pour troubler le regard, Aarnio grossit la vis pour en faire un meuble sculptural, quasi monumental dans le salon.

La chaise pour enfant Trioli, Magis
La chaise pour enfant Trioli est un autre siège monobloc en plastique, qui peut s’utiliser de 3 manières : posé dans un sens ou dans l’autre, il met le siège à diverses hauteurs en fonction de la taille de l’enfant ; retourné, il permet de s’asseoir « à cheval ». Cette polyvalence ludique en fait presque un petit « outil pédagogique » du corps et de l’espace, au-delà du simple meuble.
Edité par Magis. La collaboration Aarnio–Magis s’inscrit pleinement dans l’histoire du design italien pour enfants, inventif, coloré, parfois presque expérimental.
Dans Trioli, il y a quelque chose qui me fait penser aux jouets en bois scandinaves des années 1950 ; mais ici, le bois a été remplacé par un polymère robuste, apte à vivre dehors, dedans, partout, bref à suivre les enfants dans leur vie quotidienne.

Le cheval à bascule Rosinante, Vondom
Edité par la marque espagnole Vondom, le cheval à bascule Rosinante prolonge la série des sièges pour enfant d’Eero Aarnio. En plastique, il est adapté à un usage extérieur, dans un jardin, sur une terrasse, voire dans un espace public de type aire de jeu contemporaine.
Le nom, référence littéraire amusante, installe ce jouet dans une sorte de récit : Rosinante devient un compagnon d’aventure. C’est un rocking-horse revisité dans l’esprit pop, comme si Aarnio avait relu les formes traditionnelles à travers un filtre cartoon ; un peu comme certains artisans mexicains réinterprètent les animaux en alebrijes colorés.

L’arrosoir Diva, Alessi
Chez l’italienne Alessi, Aarnio sort ces amusants arrosoirs qui joignent le geste à la parole. L’arrosoir Diva transforme un objet utilitaire de jardinage en petite sculpture domestique, presque en personnage qui se penche pour verser l’eau.
On est ici dans un registre plus discret mais tout aussi significatif du design de produit : donner une personnalité à un accessoire du quotidien, créer un sourire au moment d’arroser les plantes. Ce côté « petit théâtre de cuisine », que l’on retrouve aussi chez d’autres designers Alessi, installe Aarnio dans la lignée de créateurs capables, comme certains maîtres verriers de Murano jadis, de mêler sérieux du geste et fantaisie assumée.

Vrai ou faux Aarnio : comment reconnaître un authentique Ball Chair ?
Rançon de la gloire : le fauteuil Ball est l’un des sièges les plus copiés de l’histoire du design. Avant de sortir la carte bleue, quelques repères s’imposent.
Un Ball Chair authentique sort de chez l’un des trois éditeurs qui se sont succédé : le finlandais Asko, qui produit le fauteuil à partir de 1966 ; l’allemand Adelta, qui le réédite à partir de 1991 ; et Eero Aarnio Originals depuis 2016. Chaque exemplaire officiel porte une plaque ou une marque d’éditeur — premier réflexe, donc : se pencher sous le globe.
Ensuite, la matière parle. La coque officielle est en fibre de verre épaisse et lourde, au laquage profond, montée sur un pied pivotant en aluminium. Les copies, souvent moulées dans un plastique fin, sonnent creux, vacillent, et leur sellerie cousue à la va-vite les trahit. Dans le doute, exigez facture et provenance : sur un fauteuil design de ce calibre, c’est la moindre des politesses.
La cote d’Eero Aarnio : combien coûtent ses créations ?
En neuf, chez Eero Aarnio Originals, un fauteuil Ball ou un fauteuil Bubble se chiffre en milliers d’euros — l’ordre de grandeur d’un très bon canapé. Le Pastil reste nettement plus abordable, et les pièces éditées par Magis ou Vondom (la chaise Trioli, le cheval Rosinante) relèvent du prix de mobilier design courant, de quelques dizaines à quelques centaines d’euros : on peut s’offrir « du Aarnio » sans hypothéquer le salon.
En vintage, la hiérarchie est limpide : un exemplaire d’époque Asko des années 1960-1970, documenté et en bel état, atteint des prix de collection en salle des ventes, souvent au-dessus du neuf. Les rééditions Adelta des années 1990-2000 constituent le milieu de gamme du marché de l’occasion. Quant aux copies, elles se revendent mal, voire pas du tout : toute la différence entre un placement et un simple siège en plastique.
Conseil de chineur : les Pastil vintage dorment parfois dans des ventes de mobilier de jardin, pris pour de vulgaires sièges d’extérieur. Bonne chasse.
Pourquoi Eero Aarnio compte toujours
Parce qu’il a réussi quelque chose de rare : sortir la chaise design du sérieux fonctionnaliste. Là où le design nordique d’après-guerre jurait par le bois blond et la retenue, Aarnio impose la couleur franche, le plastique et le jeu. Sans lui, le design pop n’aurait pas le même visage, et toute la lignée des meubles-jouets qui court jusqu’à aujourd’hui lui doit un salut.
La culture populaire l’a d’ailleurs adopté immédiatement : dès 1967, le fauteuil Ball apparaît dans la série culte Le Prisonnier, et il hante depuis les plateaux de cinéma, les clips et les publicités dès qu’il s’agit d’évoquer un futur élégant. Ses pièces figurent dans les collections de grands musées, à commencer par le Design Museum d’Helsinki, et son Compasso d’oro de 2008 rappelle que l’homme n’a jamais cessé de créer.
Questions fréquentes sur Eero Aarnio
Quelle est la création la plus célèbre d’Eero Aarnio ?
Le fauteuil Ball, présenté au Salon du meuble de Cologne en 1966. Ce globe en fibre de verre posé sur un pied pivotant est devenu l’emblème du design « space age » et figure dans la plupart des classements de fauteuils design iconiques.
Eero Aarnio et Eero Saarinen, est-ce le même designer ?
Non. Eero Saarinen (1910-1961), Finlandais émigré aux États-Unis, est l’auteur de la chaise Tulip ; Eero Aarnio, né en 1932, a fait toute sa carrière en Finlande. Le piédestal du fauteuil Ball rend toutefois un hommage discret au premier.
Combien coûte un fauteuil Ball authentique ?
Comptez plusieurs milliers d’euros en neuf chez Eero Aarnio Originals. Un exemplaire vintage Asko documenté atteint des prix de collection aux enchères, tandis que les copies, vendues quelques centaines d’euros, n’ont pratiquement aucune valeur de revente.
À quel mouvement de design Eero Aarnio appartient-il ?
Au design pop et au « space age » des années 1960, dont il est le principal représentant finlandais, aux côtés du Danois Verner Panton.








