Jean Prouvé, architecte et designer – Biographie, œuvre, meubles design

Jean Prouvé - Chaise standard

Biographie de Jean Prouvé

Jeunesse et formation

Dans la remarquable histoire du design français, un nom brille avec une intensité singulière : celui de Jean Prouvé.

Né le 8 avril 1901, dans la ville de Paris, Prouvé est le fils d’un artiste de la ferronnerie d’art. Son père, Victor Prouvé, est l’un des fondateurs de l’École de Nancy, un mouvement artistique qui a marqué le paysage culturel français du début du XXè siècle ; et son parrain est l’illustre Emile Gallé, star de l’Art nouveau. Un héritage lourd, certes, mais une source d’inspiration inépuisable pour le jeune Prouvé.

La jeunesse de Prouvé est imprégnée d’art et de création. En 1916, âgé de quinze ans, il entre en apprentissage chez un ferronnier à Paris. Là, il apprend à maîtriser le métal, à le plier à sa volonté, à le transformer en objets d’une beauté fonctionnelle. C’est le début d’une passion qui le suivra toute sa vie. Apprenti, élève, mais aussi un artiste en devenir, il apprend à voir le monde à travers le prisme de l’art, à comprendre la beauté inhérente à chaque objet, à chaque forme.

Carrière

Jean Prouvé, ferronnier d’art – L’atelier de Nancy

En 1924, Prouvé ouvre son propre atelier à Nancy, « Jean Prouvé, ferronnier d’art ». Il y crée des objets en métal, des grilles, des rampes, des portes – chaque pièce est une œuvre d’art, chaque détail est soigné. Ces premières années d’activité professionnelles voient le jeune Prouvé s’éloigner progressivement du style Art nouveau qu’il a côtoyé dans sa jeunesse, et évoluer vers un art plus moderne et plus industriel.

En effet, Prouvé est un homme de son temps. Témoin de l’évolution de la société, de l’industrialisation, de la modernisation, il comprend que le design doit évoluer avec le monde. Il se tourne alors vers l’architecture, vers le design de meubles. Il rencontre par exemple l’architecte et designer Le Corbusier par l’intermédiaire de l’architecte Robert Mallet-Stevens, pour qui il collabore à la Villa Noailles. Prouvé veut créer des objets qui ne sont pas seulement beaux, mais aussi fonctionnels, adaptés à la vie moderne.

L’union des artistes modernes

En 1929, Jean Prouvé fait partie des membres fondateurs de l’Union des Artistes modernes (UAM), d’abord présidée par Mallet-Stevens, et où il côtoie d’autres artisans et artistes modernistes comme Le Corbusier, Charlotte Perriand ou les frères Martel. Cette association d’architectes et de designers a pour vocation de refonder les arts décoratifs sur des bases plus modernes et plus industrielles. Prouvé y participe pendant toute la durée de son existence.

Les Ateliers Jean Prouvé

En 1931, il fonde les Ateliers Jean Prouvé. Les années 30 sont une période de grande créativité pour lui, et le voient passer du modèle artisanal de la ferronnerie d’art destinée à des usages domestiques, à un modèle industriel où il conçoit et produit des meubles de manière plus standardisée et plus massive, à destination notamment des collectivités. Il expérimente avec de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques. Il crée des meubles en acier, en aluminium, en bois.

Dans cette veine, il conçoit notamment en 1934 la chaise de type « Standard » pour équiper l’Ecole des Sciences Politiques, plus connue aujourd’hui sous le nom de Sciences Po.

Jean Prouvé architecte

Alors qu’il n’a pas été formé à l’architecture, l’autodidacte Jean Prouvé fait de brillants débuts dans cette discipline à partir de 1935.

Il conçoit et réalise notamment la Maison du Peuple de Clichy, en association avec deux architectes modernistes, Eugène Beaudouin et Marcel Lods. Ce projet recourt largement aux structures métalliques en tôle pliée et est un des premiers cas d’utilisation du mur-rideau (où les murs extérieurs ne sont pas porteurs), après le mythique pavillon allemand de Ludwig Mies van der Rohe de 1927, et après certaines constructions du Corbusier.

1939-1945

L’éclatement de la seconde guerre mondiale interrompt les activités des ateliers Jean Prouvé.

Entre la déclaration de guerre en septembre 1939 et l’invasion allemande en mai 1940, Prouvé conçoit et fabrique des micro-baraquements préfabriqués, facilement montables et démontables.

Sous l’occupation nazie, Prouvé passe à la résistance. Dans l’urgence du moment, ses ateliers produisent des objets utilitaires qui manquent cruellement. Comme les métaux réquisitionnés par la Wehrmacht se raréfient et coûtent très cher, Prouvé revient à la construction en bois.

En 1945, après la libération de l’est de la France, il devient brièvement Maire de Nancy jusqu’aux élections.

Après-guerre : architecture industrielle

Renouveau et perte de contrôle des ateliers Jean Prouvé à Nancy

En 1947, les ateliers Prouvé déménagent en banlieue de Nancy, à Maxéville, pour des locaux plus spacieux.

Une partie de l’habitat français ayant été détruit par la guerre et les bombardements, le ministère de la reconstruction commande à Prouvé un modèle de maisons préfabriquées simples à construire. Environ 400 seront effectivement fabriquées, montées et habitées. Il réalise plusieurs autres modèles de maisons préfabriquées, notamment en Afrique coloniale et à Meudon en banlieue parisienne.

Au tournant des années 50 pourtant, les affaires vont mal pour les ateliers Jean Prouvé. En 1954, il perd le contrôle de ses ateliers, endettés après un déménagement coûteux. C’est un coup dur pour lui, mais il ne se laisse pas abattre. Il continue à créer, à innover, à repousser les limites de l’architecture : il utilise notamment une partie des matériels disponibles dans ses ateliers pour construire sa propre maison sur les hauteurs de Nancy.

La Maison des Jours Meilleurs

En 1954, il collabore à un projet avec l’abbé Pierre, baptisé la Maison des Jours Meilleurs : une maison préfabriquée, conçue comme un habitat d’urgence, facile à monter et à produire, faite de panneaux de bois thermoformé, avec un toit en aluminium.

Malheureusement le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), conservatrice, ne valide pas le modèle et la maison ne sera construite, avec des modifications qu’à quelques exemplaires dans les années 1960 – par exemple la maison du docteur Gauthier à Saint-Dié-des-Vosges.

Maison du docteur Gauthier par Jean Prouvé
Maison du docteur Gauthier par Jean Prouvé
La buvette Novarina Prouvé à Evian

En 1956, la Société des eaux d’Evian commande à Jean Prouvé et à l’architecte Maurcie Novarina la conception d’une buvette, sur un terrain face au lac Léman.

Très novateur, le bâtiment repose sur une série de piliers de métal en Y, et associe des matériaux de manière inhabituelle, le métal, le bois et le verre.

Buvette Novarina Prouvé Evian
Buvette Novarina Prouvé Evian
1957 – 1970 : enseignant au Conservatoire national des arts et métiers

Prouvé n’est pas seulement un créateur, il est aussi un enseignant. A partie de 1957 et jusqu’à 1970, Jean Prouvé enseigne l’architecture industrielle au Conservatoire national des arts et métiers

Il partage son savoir, sa passion, avec les jeunes designers. Il enseigne à l’École des arts décoratifs de Strasbourg, à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Il forme une nouvelle génération de designers, qui continueront à faire vivre son héritage. Il est un mentor, un guide, un modèle.

Autres projets architecturaux

En parallèle, Jean Prouvé participe à de nombreux autres projets d’architecture, citons entre autres :

  • des stations-service en métal pour Total
  • la façade de l’Université de Lyon
  • un projet de siège pour le Ministère de l’éducation nationale
  • des bâtiments pour la station de ski Arc 2000 (les Arcs)
  • le musée d’art moderne André Malraux du Havre (MuMa)
  • la façade de l’aérogare d’Orly
  • le Centre des nouvelles industries et technologies
  • la structure métallique du palais omnisports de Paris Bercy
  • etc

Décès

Après une carrière bien remplie, Jean Prouvé s’éteint à Nancy en 1984, âgé de 82 ans, mais son œuvre continue à vivre. Ses meubles sont exposés dans les musées du monde entier, ses idées sont étudiées dans les écoles d’architecture et de design. Il est une source d’inspiration pour les designers d’aujourd’hui, un modèle à suivre.

Meubles design de Jean Prouvé

Chaise Standard

L’avant-gardiste chaise Standard associe une structure en métal à une assise et un dossier en contreplaqué courbé, deux techniques typique du design de meuble moderniste.

Jean Prouvé - Chaise standard
Jean Prouvé – Chaise standard

Bureau et table compas

Le bureau Compas, également connu sous le nom de bureau d’école Compas No.850, a été conçu par Prouvé pour les Ateliers Jean Prouvé en 1952.

Il s’agit d’un bureau d’école double important, caractérisé par un dessus de bureau en bois rectangulaire reposant sur quatre pieds en acier courbé qui soutiennent le dessus du bureau et un cadre tubulaire sur lequel reposent deux petites chaises.  Remarquable exemple de design industriel, le bureau Compas a des dimensions standard de 78 cm de hauteur, 120 cm de largeur et 95 cm de profondeur.

La table Compas, quant à elle, est connue pour sa simplicité et sa fonctionnalité. Comme le bureau, elle est soutenue par des pieds en acier courbé qui lui donnent une impression de flottement. Les créations de Prouvé, y compris la table Compas, ont été et continuent d’être copiées et refaites dans le monde entier, témoignant de l’importance de sa contribution au design industriel. Elles ont été rééditées par Vitra.

Jean Prouvé - Bureau compas chez Vitra
Jean Prouvé – Bureau compas chez Vitra

Guéridon bas

La conception radicalement simplifiée de ce guéridon bas, ou table basse, fait reposer un plateau circulaire en bois massif sur 3 pieds également en bois massif. Ce meuble est toujours distribué aujourd’hui par Vitra.

Lit Antony

Le lit Antony a été conçu pour la Cité Universitaire Jean Zay à Antony, près de Paris, en 1955. Celle-ci, construite en 1954 par l’architecte Eugène Beaudouin, était considérée comme un modèle de complexe universitaire. Elle comprenait, outre des logements, trois piscines, deux restaurants, trois salles de conférence, un théâtre, une bibliothèque, une école maternelle, deux crèches, une infirmerie, un centre d’aide sociale et des commerces. Jean Prouvé a remporté le concours pour l’ameublement des salles, des restaurants et de 148 chambres individuelles.

Le lit Antony témoigne de l’approche de Prouvé en matière de design, caractérisée par une attention particulière aux besoins quotidiens des utilisateurs, ainsi qu’aux proportions des espaces. Le lit conçu pour être à la fois léger et économique répond ainsi aux exigences du marché universitaire de l’époque.

Lit Antony de Jean Prouvé
Lit Antony de Jean Prouvé

Fauteuil Direction

Le fauteuil Direction de Jean Prouvé reprend le design des pieds de la table Compas, et l’associe à une structure en acier tubulaire (façon Bauhaus) qui vient former les pieds avant et les accotoirs.

Fauteuil Direction Jean Prouvé
Fauteuil Direction Jean Prouvé

Conclusion

Jean Prouvé, un nom gravé dans l’histoire de l’architecture et du design français. Un homme qui a su allier beauté et fonctionnalité, art et industrie. Un visionnaire, un pionnier, un maître. Un homme qui a marqué son époque, et qui continue à marquer la nôtre.

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