Werner Aisslinger, grand maître du design allemand: écologie, modularité, Juli Chair et Loftcube

Werner Aisslinger - Hemp Chair - Fauteuil en chanvre

Curiosité, audace et une pointe de malice créative : tels sont les signes distinctifs de Werner Aisslinger. Si jamais le design allemand se jouait comme une partie d’échecs, Aisslinger en serait le grand maître prodige — toujours un coup d’avance, jamais ennuyeux, perpétuellement en quête du prochain matériau ou de l’histoire suivante à raconter.

Biographie

Werner Aisslinger est un explorateur épris de l’inattendu. Né le 3 novembre 1964 dans la petite ville bavaroise de Nördlingen, il était, affirme-t-on, le genre d’écolier à démonter un stylo bille en plein examen.

Très tôt, il se découvre une fascination pour les formes naturelles, les objets techniques, l’architecture. Ses parents, éloignés du monde du meuble et de l’art, encouragent néanmoins l’appétit de bricolage de leur fils. Poussé par cette curiosité, Aisslinger s’oriente naturellement vers l’architecture et le design.

Son aventure académique débute à la Hochschule der Künste Berlin (l’Université des Arts, aujourd’hui UdK), où, entre 1987 et 1991, il absorbe tout, des critiques du Bauhaus aux après-midis à esquisser l’ombre des chaises modulaires. Gloria, sa muse / camarade de ckasse (et plus tard collaboratrice, Tina Bunyaprasit), dit qu’il ne se satisfaisait jamais tant qu’un concept ne s’inscrivait pas avec évidence dans le quotidien — esprit visuel, grâce ergonomique et conscience écologique fusionnant dans une enveloppe maligne.

Après l’obtention de son diplôme, Aisslinger arpenta les capitales du design. Côtoyant des icônes telles que Ron Arad à Londres, Jasper Morrison et Michele De Lucchi à Milan. Cette période charnière d’expérimentation associe son nom à l’agilité créative et au goût du risque.

Ambitieux et impassible, il fonde en 1993 son propre atelier, Studio Aisslinger, à Berlin. Plutôt que de dessiner de « jolis meubles », Aisslinger plonge dans un récit spatial, entremêlant matériaux, méthodes hybrides de construction et fictions brouillant la frontière entre art et fonctionnel.

À travers ses séjours d’enseignement — Karlsruhe (1998-2005), puis retour à l’UdK Berlin — il propage l’évangile de la modularité, de l’honnêteté matérielle et de la joie de l’expérimentation auprès d’une génération d’élèves en design.

Designer allemand Werner Aisslinger
Designer allemand Werner Aisslinger

Depuis la fin des années 90, la carrière d’Aisslinger se révèle comme une mosaïque éclatante de collaborations, d’essais, de programmations saluées, d’intérieurs devenus iconiques. Le MoMA de New York, le Vitra Design Museum à Weil am Rhein, et d’innombrables festivals de design ont exposé son œuvre ; des marques telles que Vitra, Cappellini, Fritz Hansen, Magis, Herman Miller ou Moroso diffusent ses créations. Un fil relie toujours Berlin : son studio, baigné de lumière et bourdonnant, reste laboratoire et carrefour d’échanges entre jeunes talents et compagnons de route chevronnés.

Si vous vous êtes déjà prélassé dans un Loftcube, assoupi sur un sofa éco-conçu, ou émerveillé devant la courbe soyeuse d’une chaise en chanvre, gageons qu’Aisslinger a déjà fait le lien, avec brio, entre les techniques d’hier et les rêves de demain : toujours attentif à l’écologie, la modularité et l’effet de surprise.

À mes yeux — et Dieu sait que j’en ai vu passer, des chaises — son œuvre interroge sans cesse : « Pourquoi ne pas faire mieux, plus léger, plus intelligent ? Pourquoi ne pas rendre la vie intérieure plus poétique, plus souple, plus verte ? » Il y a là une générosité, un élan à imaginer pour un quotidien meilleur, heureux et moins gaspilleur. Et c’est pour ce type de partie que je serai toujours du côté d’Aisslinger.

Meubles design célèbres

Juli Chair, Cappellini

Ce siège empilable est l’« alien » du design contemporain. Sa coque moulée en polyuréthane, sa base ajustable, et sa déclinaison de couleurs pétantes font de la Juli Chair (1996) la première chaise allemande à entrer dans la collection permanente du MoMA depuis les années 1960. Ergonomique, légère et iconoclaste, elle a rénové l’assise en Europe et au-delà.

Werner Aisslinger - Juli Chair turquoise - Cappellini
Werner Aisslinger – Juli Chair turquoise – Cappellini

Hemp Chair – Fauteuil en chanvre, Moroso

« Fabriquer des sièges à partir de plantes », disait Aisslinger — et, selon mes critères esthétiques, il a réussi. La Hemp Chair (2012), imaginée pour Moroso à partir de fibres de chanvre compressées et de résine écologique, est une merveille monocoque : légère, sobrement radicale. Matériau écolo et recyclable, le chanvre ne pèse sur aucune conscience ; l’ergonomie du siège est généreuse, et les courbes de la coque, aussi naturelles que les galets d’une rivière. Qui aurait cru que la durabilité pouvait être aussi espiègle ?

Werner Aisslinger - Hemp Chair - Fauteuil en chanvre
Werner Aisslinger – Hemp Chair – Fauteuil en chanvre

Système de mobilier de bureau Level 34, Vitra

Le terme « mobilier de bureau » ne suscite pas trop d’enthousiasme en général ; mais le système Level 34 (2004) raconte une toute autre histoire.

Fondé sur un banc de 34 cm de haut, il offre un paysage de blocs modulaires : assises, plateaux de travail, écrans, rangements — à combiner à volonté ! Ce système fait l’éloge de l’adaptabilité, invitant chacun à composer son espace de productivité idéal.

Werner Aisslinger - Level 34 - Vitra
Werner Aisslinger – Level 34 – Vitra

Tiny house Loftcube, Studio Aisslinger

Faisons un petit détour par l’architecture, domaine dans lequel notre designer aime aussi à s’illustrer.

Qui veut vivre au sol alors qu’on peut flotter au-dessus de Berlin ? Le Loftcube (2003) est une “tiny house” préfabriquée et mobile, pour les toits urbains, toute en lignes épurées et vitres panoramiques. Un hommage à l’habitat modulaire, à la densité urbaine, à l’imagination architecturale — un OVNI pour les rêveurs citadins.

Werner Aisslinger - tiny house Loftcube
Werner Aisslinger – tiny house Loftcube

Chaise Soft Cell, Moroso

Sortie en 2000, la chaise Soft Cell innovait : elle utilisait un gel médical de grade hospitalier épousant le corps, coulé dans des poches transparentes, fixées sur une coque en fibre de verre. Une esthétique de loft branché, franchissant la frontière entre le soin et le style.

Werner Aisslinger - Chaise Soft Cell
Werner Aisslinger – Chaise Soft Cell

Plus Unit, Magis

Le meuble de rangement Plus Unit (2001) est le couteau suisse géométrique d’Aisslinger : un tiroir, un cube, une étagère qui s’empile, glisse, s’assemble selon vos humeurs et besoins. Robuste pour la vie urbaine, ingénieux, ce module au look indus et pop s’invite aussi bien dans les bureaux que les galeries ou les appartements.

Werner Aisslinger - Plus Unit - Magis
Werner Aisslinger – Plus Unit – Magis

Mes préférés ? Impossible à dire. Mais chaque jour où je croise un Soft Cell ou m’adosse à un Low Sofa, c’est un bon jour. Le meilleur d’Aisslinger n’est pas tant de “faire des choses” que d’ouvrir des récits — adaptables, écologiques, terriblement en avance sur leur temps. Le design est une conversation ; avec Werner Aisslinger, c’est un dialogue joyeux, ouvert, tout en courbes, durable, et diablement intelligent.

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