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En un siècle, la petite fonderie italienne Alessi est devenue un géant mondial de l’objet design, synonyme d’excellence dans la création d’accessoires de cuisine, de couverts et coutellerie, d’électroménager etc.
Certains de ces objets ont le statut de stars mondiales, comme le presse-agrume Juicy salif de Philippe Starck, le tire-bouchon Anna G. d’Alessandro Mendini, la cafetière espresso La Cupola d’Aldo Rossi, et bien d’autres.
Voici l’histoire d’Alessi, ses meilleurs designers et ses créations les plus célèbres.
Histoire de l’entreprise Alessi
Les débuts : une fonderie piémontaise… qui prend le tournant du design
En 1921, un entrepreneur italien nommé Giovanni Alessi fonde une petite fonderie artisanale à Crusinallo, dans le Piémont, à environ 40km à l’ouest de la ville de Côme. Sous le nom FAO pour Fratelli Alessi Omegna, elle fabrique des pièces mécaniques et, déjà, des accessoires de maison : couverts et outils culinaires, objets décoratifs.
C’est le fils aîné du fondateur, Carlo Alessi, qui fait entrer l’entreprise dans l’ère du design dans les années 1930, en concevant lui-même des objets aux lignes racées qui deviennent des best-sellers, comme le service à thé et café Bombé. Son frère cadet Ettore Alessi contribue aussi, dans les années 1940 et 1950, à développer la gamme design d’Alessi, créant notamment une corbeille à fruits en fils métalliques, ou un shaker à cocktail aux lignes épurées, toujours vendus aujourd’hui.
Les 30 glorieuses : l’accomplissement
Après la dévastation du fascisme mussolinien et de la seconde guerre mondiale, l’industrie italienne se relève rapidement et les entreprises de design poussent comme des champignons après la pluie dans le Nord de l’Italie – le design italien devient d’ailleurs la référence mondiale. Alessi profite de cette phase de forte croissance, poussée par le consumérisme et les progrès techniques industriels, pour s’affirmer comme un fabricant de premier plan.
Ainsi, Alessi bénéficie de juteux contrats pour équiper en masse des secteurs très demandeurs : elle fournit ses couverts à la compagnie aérienne Allitalia ou à des compagnies maritimes, ses accessoires de cuisine et ses objets décoratifs à de grands hôtels à travers le monde. La marque remporte d’ailleurs plusieurs fois le prestigieux prix du design « compasso d’oro ».
De 1980 à aujourd’hui : la démocratisation du design
Le petit-fils du fondateur, Alberto Alessi, né en 1946, reprend le flambeau de l’entreprise au début des années 1970 en tant que « design manager« . Il rédige un véritable manifeste qui décrit sa volonté de démocratiser l’objet design, de mettre l’excellence artistique à la portée de tous à travers la production industrielle.
Alberto Alessi recrute de grands designers qui accumulent les best-sellers, comme la bouilloire de l’américain Michael Graves en 1985 ou le presse-agrume de Philippe Starck en 1990.
Elle intègre même les courants contestataires du design, comme l’Anti-design et le design postmoderne, qui font fi de la valeur utilitaire des objets et privilégient une approche anti-conformiste et amusante.
Fort de ces succès, Alessi devient un grand nom du design international et prend la première place dans sa catégorie. L’entreprise reçoit chaque année des centaines de projets de designers du monde entier et n’en édite que la crème. Elle diffuse ses produits dans plus de 3000 magasins à travers le monde.
Officina Alessi, A di Alessi : trois gammes, trois budgets
Une anecdote éclaire toute la stratégie de la maison. En 1983, Alessandro Mendini convie pour Alessi onze architectes de renom — dont Aldo Rossi, Michael Graves et Richard Meier — à dessiner chacun un service à thé et café en argent massif. L’opération Tea & Coffee Piazza, tirée à 99 exemplaires par modèle, fait sensation dans le petit monde du design, et révèle à Alberto Alessi ses deux futures poules aux œufs d’or : Rossi et Graves y signent leurs premières pièces pour la marque.
De ce laboratoire est née Officina Alessi, la gamme des éditions limitées et des pièces d’exception — celles qu’on croise plus souvent dans les musées que dans les cuisines. Au centre, la gamme Alessi proprement dite rassemble le cœur du catalogue : l’inox 18/10 poli miroir et les grands classiques. Et pour tenir la promesse de démocratisation, A di Alessi décline l’esprit maison en plastique coloré à petits prix — c’est là que vivent le Merdolino et les personnages ludiques de Stefano Giovannoni. Trois étages, une même idée : que l’objet du quotidien cesse d’être ennuyeux.
Les designers
Achille Castiglioni
Comptant parmi les plus grands maîtres du design italien, Achille Castiglioni a conçu pour Alessi des objets usuels avec une esthétique toute en sobriété, dédaignant les couleurs au profit de métaux argentés, aluminium et inox.
Ettore Sottsass
L’excentrique fondateur de Memphis Ettore Sottsass adepte de l’anti-design et des objets aux allures de jouets bariolés, a mis son art au service d’un moulin à poivre aussi bien que d’un set de couverts tout à fait classique.
Richard Sapper
Le designer industriel allemand Richard Sapper n’a pas eu de mal à se couler dans l’esthétique d’Alessi ; il en a juste confirmé la simplicité et l’élégance, par exemple avec cette cafetière et cette râpe à fromage, qui font ce qu’elles doivent faire tout en mettant la cuisine en beauté.
Aldo Rossi
Dans les créations du designer italien Aldo Rossi, on trouve un goût prononcé pour la plus simple géométrie – le cercle et le rectangle, la sphère et le cône – comme en témoignent sa bouilloire Il Conico, son crémier et sa cafetière design La Cupola.
Ron Arad
Le fantasque designer anglais Ron Arad a choisi la sobriété pour ses créations Alessi, avec ce shaker simplissime et le vase Babyboop d’allure sculpturale.
Zaha Hadid
Architecte avant tout, Zaha Hadid joue avec les volumes de son vase Crevasse et de sa râpe à fromage, dans lesquels on aurait presque envie d’habiter.
Virgil Abloh
Les couverts ne sont-ils pas de simples « outils à manger », tout comme les clés à mollette ? On peut donc les ranger proprement comme les outils d’un bricoleur. C’est l’idée lumineuse qu’exploite le designer Virgil Abloh dans ses sets de couverts, dont les manches rappellent la bonne vieille clé de 12 de Dédé.
Jasper Morrison
Auteur de meubles minimalistes, Jasper Morrison tient sa ligne avec ses collections de casseroles et de vaisselle pour Alessi. Malgré un refus total de la décoration, l’exactitude de leurs proportions et l’austérité donne à ces objets usuels des airs d’œuvres d’art sublimes.
Les objets design célèbres
Le presse-agrumes Juicy salif de Philippe Starck (1991)
Avec sa forme d’élégante araignée en inox, le presse-agrume Juicy Salif de Philippe Starck a acquis le statut de star internationale et d’icône du design, plus apprécié pour sa beauté et son originalité que pour sa fonctionnalité.

Le tire-bouchon Anna G. d’Alessandro Mendini
De manière ludique, le tire-bouchon Anna G. d’Alessandro Mendini représente une femme en jupette. Il est disponible dans une gamme de couleurs vives (rouge, bleu, jaune, violet…) ou neutres (aluminium, blanc, noir).

La cafetière espresso La Cupola d’Aldo Rossi
Clairement inspirée de l’architecture italienne de la Renaissance, la cafetière espresso d’Aldo Rossi reprend la forme de la coupole qu’on trouve dans tant de bâtiments italiens célèbres.

L’allume-gaz Firebird 2.0 de Guido Venturini
Oui, ces objets conçus par Guido Venturini – et qui ressemblent bel et bien à des phallus – servent en fait à allumer le gaz… c’est chaud !

La brosse à WC Merdolino
Toujours dans la tendance anti-design ou design post-moderne, la brosse à WC « Merdolino » de la gamme A di Alessi adopte une amusante forme de pot de fleur, tout en restant… une brosse à chiottes. Mais mine de rien, qui n’en possède pas une ?

La salière et poivrière de Stefano Giovannoni
Le brillant designer italien Stefano Giovannoni a conçu cette salière et cette poivrière comme un duo de personnages ludiques, qui peuvent soit se poser sur le plateau, soit s’accrocher à sa tige.

La poivrière et salière Gemini de Marc Newson
Gemini, jumelles en italien, c’est le nom de cette poivrière et de cette salière toutes en rondeurs, imaginées par le designer australien Marc Newson.

Combien coûte un objet Alessi ?
Bonne nouvelle pour les amateurs de design italien : contrairement au mobilier des grandes maisons, l’objet Alessi reste un luxe abordable. Les petites pièces cultes — tire-bouchon Anna G., salière et poivrière de Giovannoni, brosse Merdolino — se négocient entre 20 et 60 € selon la matière et la finition. Le presse-agrumes Juicy Salif se tient sous la barre des 100 €, ce qui en fait sans doute l’icône du design la moins chère du monde. Les bouilloires et cafetières d’auteur (Il Conico, La Cupola, la bouilloire siffleuse de Michael Graves) grimpent de 100 à 300 € et plus, et les éditions limitées Officina Alessi atteignent des prix de collection.
Le marché du vintage suit la même logique : les séries retirées du catalogue et les premières éditions prennent de la valeur en salle des ventes, tandis qu’un classique toujours édité se revend d’occasion à peine moins cher que neuf — signe d’une cote qui ne faiblit pas.
Un mot sur les contrefaçons, car le Juicy Salif compte parmi les objets design les plus copiés de la planète : un vrai Alessi se reconnaît à son poids, à la qualité de son inox, au logo estampillé et à un emballage soigné. Un prix cassé sur un site exotique, c’est l’araignée de Starck version pacotille — elle pressera aussi mal les oranges, mais sans l’excuse du génie.
Questions fréquentes sur Alessi
Où sont fabriqués les objets Alessi ?
À Crusinallo di Omegna, dans le Piémont italien, où l’usine historique fondée en 1921 tourne toujours. Les pièces en métal, la grande spécialité maison, sortent encore de cet atelier.
Quel est l’objet Alessi le plus célèbre ?
Le presse-agrumes Juicy Salif de Philippe Starck (1990), entré dans les collections de design de grands musées, dont le MoMA de New York.
Le Juicy Salif presse-t-il vraiment les oranges ?
Mal, et Starck le premier en plaisantait : son presse-agrumes, disait-il, n’est pas fait pour presser des citrons mais pour lancer les conversations. On l’achète comme une petite sculpture qui, accessoirement, fait du jus.
Alessi fabrique-t-elle des meubles ?
Presque pas : hormis quelques incursions (montres, accessoires de salle de bain), la marque reste fidèle à l’objet du quotidien — cuisine, arts de la table, petit électroménager — et laisse les meubles à ses cousines du design italien comme Kartell ou Cassina.





























