Histoire du fauteuil Coconut Chair de George Mulhauser (et non George Nelson) chez Vitra

George Nelson Coconut chair

Le Coconut Chair, fauteuil « noix de coco« , a une drôle d’histoire, qui se reflète toujours dans les erreurs qu’on peut lire encore aujourd’hui sur Internet.

En effet, de nombreux textes, copiés les uns sur les autres, attribuent le design de la Coconut Chair au designer américain George Nelson – et le fauteuil se vend un peu partout sous ce nom, y compris sur le site de son éditeur européen, Vitra.

En réalité, ce design original était une création de George Mulhauser, talentueux designer employé dans l’agence de George Nelson.

La véritable histoire du fauteuil Coconut Chair

Quand George Nelson rencontre George Mulhauser

En 1947, le designer George Nelson lance son agence de design à New York, qu’il renomme George Nelson Associates Inc en 1955.

Il recrute alors des designers.

Un certain George Mulhauser, jeune diplômé de l’institut Pratt (Pratt Institute) de New York, se présente avec, dans son portfolio, un projet de fauteuil en forme d’éclat de noix de coco. Ni une ni deux, George Nelson l’embauche et réalise le projet.

(Les plus ingrats reconnaîtront au minimum à George Nelson un grand talent comme recruteur, puisqu’il emploie également les futurs grands du design que sont Irving Harper, Robert Brownjohn et Don Chadwick.)

Le fauteuil Coconut entre en production l’année suivante, en 1956, chez le grand fabricant de meubles Herman Miller, et assure un grand succès au studio de Nelson, qui vole ainsi durablement la vedette à son employé.

Qui est vraiment l’auteur du fauteuil Coconut ? On peut raisonnablement créditer les deux George, car sans la notoriété de Nelson, l’audacieux design de Mulhauser n’aurait probablement jamais atteint le stade de la production.

Fauteuil Coconut George Mulhauser
Fauteuil Coconut George Mulhauser

Le design du fauteuil Coconut

L’agence de George Nelson produisait des meubles et objets dans le style qu’on appelle « Streamline« , ou style paquebot, parce qu’il était typique de l’ameublement luxueux, moderne et confortable des paquebots de croisière.

Cependant, le fauteuil noix de coco annonce le style de design pop qui va s’imposer dans les années 1960 avec des designers comme le danois Verner Panton ou le français Pierre Paulin – dont certaines créations, comme le fauteuil « Orange Slice », ou quartier d’orange, semble répondre précisément au fauteuil Coconut.

Pierre Paulin Fauteuil Orange Slice
Pierre Paulin Fauteuil Orange Slice

Par son côté cocon et enveloppant, le fauteuil de George Mulhauser et George Nelson fait aussi penser au fauteuil Womb (matrice) créé en 1948 par l’architecte et designer américain Eero Saarinen.

Eero Saarinen - Womb chair and ottoman (1948) - fauteuil matrice
Eero Saarinen – Womb chair and ottoman (1948) – fauteuil matrice

Innovant par sa coque monobloc, d’abord conçue dans une feuille d’acier courbée, aujourd’hui remplacée par du polyester renforcé de fibre de verre, le fauteuil Coconut détonait aussi par son piètement en tiges de métal, à 3 pieds, faisant écho aux 3 angles de la coque.

La coque de couleur blanche est rembourrée avec une mousse de polyuréthane, recouverte de divers revêtements :

  • soit du cuir (Vitra propose plusieurs types de cuir, y compris son « cuir Premium » de qualité supérieure ; les versions anciennes proposaient aussi du simili-cuir), disponible en plus de 40 coloris
  • soit du Hopsak, un textile à deux tons (chaîne et trame) à base de fibres en polyamide, disponible en 35 coloris
George Nelson Fauteuil Coconut lounge chair
George Nelson Fauteuil Coconut lounge chair

Comment reconnaître un authentique fauteuil Coconut ?

Rançon du succès : ce fauteuil iconique a généré sa propre plantation de copies. Quelques repères pour distinguer l’original des noix creuses.

La coque, d’abord : un triangle aux angles doucement arrondis, évoquant un éclat de noix de coco — blanc à l’extérieur, coloré à l’intérieur. Détail savoureux : c’est l’exact inverse du fruit, blanc dedans et brun dehors. Mulhauser a retourné sa noix de coco comme un gant, et personne ne semble s’en être formalisé depuis 1956.

Sur un exemplaire authentique, le rembourrage épouse la coque d’un seul tenant, sans plis ni coutures baladeuses, et les trois pieds en tiges d’acier chromé répondent exactement aux trois pointes de la coque. Vitra, l’éditeur actuel, appose une étiquette d’authenticité sous l’assise — son absence doit vous alerter autant qu’un Picasso signé au feutre. Les proportions comptent aussi : l’original est un fauteuil généreux, large d’environ un mètre. Les copies se trahissent par des coussins amincis, des angles approximatifs et des chromes qui piquent au bout de deux hivers.

Quant aux exemplaires vintage produits par Herman Miller dans les années 1950-1960, ils se reconnaissent au premier soulèvement : leur coque en acier pèse un âne mort, là où les versions actuelles en polyester jouent les poids plume.

Combien coûte le fauteuil Coconut ?

Autant le dire franchement : ce fauteuil de designer se mérite. Neuf chez Vitra, il faut compter plusieurs milliers d’euros — la fourchette s’étale grosso modo de 5 000 à 9 000 € selon le revêtement choisi, le cuir Premium trônant en haut de la carte. On l’achète chez les revendeurs agréés de la marque, en boutique de mobilier design ou directement auprès de l’éditeur.

Les exemplaires vintage Herman Miller à coque d’acier relèvent, eux, du marché de collection : ils passent en salle des ventes ou chez les marchands de mobilier du XXè siècle, et partent régulièrement à plusieurs milliers d’euros — davantage encore pour un exemplaire documenté en bel état d’origine. Si vous en avez hérité un, faites-le estimer avant de le reléguer au garage.

Restent les répliques, proposées entre 300 et 800 € environ. Elles offrent la silhouette, rarement le confort, jamais la valeur : un Coconut de contrefaçon ne se revend pas, il s’abandonne sur le trottoir.

Questions fréquentes sur le fauteuil Coconut

Qui a vraiment dessiné la Coconut Chair ?

George Mulhauser, designer employé de l’agence George Nelson Associates, en a conçu le dessin ; le fauteuil a été commercialisé sous le nom de George Nelson à partir de 1956 par Herman Miller. Il est aujourd’hui édité par Vitra.

Pourquoi ce nom de « fauteuil noix de coco » ?

Sa coque triangulaire aux angles arrondis évoque un éclat de noix de coco, avec les couleurs inversées : blanc à l’extérieur, coloré à l’intérieur, contrairement au fruit.

Quel est le prix d’un fauteuil Coconut authentique ?

Comptez environ 5 000 à 9 000 € neuf chez Vitra selon le revêtement, et des prix de collection pour les exemplaires vintage Herman Miller à coque d’acier. Les répliques coûtent quelques centaines d’euros, sans valeur de revente.

Le fauteuil Coconut est-il confortable ?

Oui, et c’est son argument historique : la coque ouverte laisse une grande liberté de postures, on peut s’y asseoir droit, de biais ou à moitié allongé. Un fauteuil lounge au sens propre.

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