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Comptant parmi les meilleurs designers français du XXè siècle, Pierre Paulin a créé une collection de meubles au design pop, coloré et sensuel.
Au sommet de son art dans les années 1960-1970, il a été designer au service de la présidence de la République et d’autres institutions et a su faire un surprenant come-back dans les années 2000.
Biographie et carrière de Pierre Paulin
Jeunesse et formation
Pierre Paulin nait le 9 juillet 1927 à Paris.
Il grandit à Laon dans le département de l’Aisne.
Plusieurs personnes de sa famille sont des créateurs et ils initient le jeune Pierre. Il s’agit de son oncle George Paulin, designer pour l’industrie automobile, qui inventa la capote rétractable à l’origine des modèles « décapotables », et de son grand-oncle Frederik Balthazar Stoll dit Freddy Stoll, sculpteur.
Paulin commence une formation de sculpteur sur pierre à Beaune en Bourgogne, mais il se blesse gravement au bras lors d’une bagarre et doit abandonner cette carrière.
Pierre Paulin part alors étudier le design à Paris à l’Ecole Camondo en 1947, et il obtient son diplôme trois ans plus tard. Il entre au bureau d’étude de Marcel Gascoin grâce auquel il découvre les créations du designer scandinave Alvar Aalto, de Charlotte Perriand, de George Nelson, d’Harry Bertoia, et les produits de Knoll International dirigée par Florence Knoll (dont des meubles de Charles Eames et d’Eero Saarinen).
Designer chez Thonet
En 1953, il commence à travailler pour la firme autrichienne (d’origine allemande) Thonet, qui édite les meubles d’avant-garde du Bauhaus (notamment ceux de Marcel Breuer).
Dès 1954, Pierre Paulin sort chez Thonet ses premières créations, fortement influencée par ses maîtres. Dans les usines de Thonet, il apprend à utiliser les nouveaux matériaux de fabrication du meuble : polyester moulé et armé, acier, latex, contreplaqué…
Designer chez Artifort
En 1958, Paulin est recruté comme designer par la jeune entreprise néerlandaise Artifort pour développer une branche française.
Pendant les années 1960, il crée alors une série de meubles en contreplaqué moulé recouverts de housses de polyester, qui vont le rendre célèbre : il devient un des principaux représentants du style « design pop » typique des sixties, qu’incarne aussi le designer pop danois Verner Panton.

Designer institutionnel
A partir de 1968, Pierre Paulin collabore à l’atelier de recherche du Mobilier national créé par André Malraux :
- il crée des sièges pour le musée du Louvre
- il crée des aménagements pour le pavillon français à l’Exposition universelle d’Osaka
- en 1970, il conçoit des meubles pour les appartements privés du président de la République George Pompidou à l’Elysée
- en 1984, il aménage le bureau du Président de la République François Mitterrand
Cette vidéo retrace ce parcours et offre de très belles images d’époque :
Fin de carrière et renaissance
En 1993, le groupe Havas Euro RSCG qui avait acquis l’agence de design de Paulin, le met en retraite forcée. Pendant 10 ans Paulin reste alors à l’écart du design.
A partir de 2002 cependant, et jusqu’à sa mort, il décide de reprendre sa carrière interrompue et recommence à créer des meubles pour les plus grandes marques, comme Magis et Roset.
Pierre Paulin meurt le 19 juin 2009 à Montpellier.
Œuvre et meubles design de Pierre Paulin
Fauteuil Oyster / Huître, 1954
Le fauteuil Oyster fait partie des premières œuvres où le designer commence à affirmer son style.
Ce siège a en effet la plupart des caractéristiques d’un meuble Pierre Paulin :
- il a une conception unitaire, monobloc
- il est entièrement recouvert de tissu coloré
- la couleur choisie est vive, joyeuse, solaire

Fauteuil 560 Mushroom / Champignon, 1960
Avec le fauteuil Mushroom qui passe aujourd’hui pour un de ses chefs d’œuvre, Pierre Paulin a abouti à sa propre formule magique. La conception unitaire a réussi à supprimer le piètement qui semblait étranger au fauteuil Oyster. La présence du coussin de l’assise provient d’un choix délibéré, pas d’une contrainte subie par le designer.
Dans ce fauteuil se lit aussi le progrès accompli par l’industrie textile : cette « membrane en jersey sur mousse Pirelli » est essentielle au style de Paulin par son caractère extensible, elle s’adapte aux courbes sans nécessiter aucune couture supplémentaire comme l’aurait fait un textile traditionnel, et la mousse synthétique permet un rendu lisse qui aurait été impossible avec un rembourrage traditionnel.
Retrouvez l’original de ce fauteuil chez un des revendeurs d’Artifort.

Fauteuil Ecorce d’orange / Orange slice Chair, 1960
Comme un vestige du passé, les 4 pieds du siège ancien reviennent dans le fauteuil Orange Slice – d’une manière quasiment parasite. Car, quel serait le rapport entre des pieds de chaise en métal, même obliques, et une peau d’orange, ou des quartiers d’orange ? Ce détail me dérange un peu.
Ces pieds désuets vont ensuite totalement disparaitre des meubles de Paulin.
La forme d’ensemble du fauteuil me semble néanmoins très belle.

Fauteuil F598 Groovy Chair, 1964
Tout comme le fauteuil Mushroom, le fauteuil Groovy règle le problème du piètement en le supprimant totalement – une bonne chose de faite. Enfin, il existe toujours, mais caché sous le tissu, tout froufrouteux comme la laine de mouton et qu’on imagine très doux comme le doudou d’un enfant.

Fauteuil F582 Ruban Ribbon Chair et ottomane, 1966
Fait plutôt rare chez Paulin, ce fauteuil Ribbon et son ottomane ont un imposant socle qu’on dirait découpé dans une de ces poutres d’acier typiques de l’architecture industrielle du XXè siècle.
Il y a une force gestuelle dans ces deux meubles, comme s’ils enregistraient chacun un mouvement différent, le fauteuil encaissant un choc venu d’en haut et l’ottomane écartant ses bras vers le haut.

Chaise 577 Tongue Chair / Chaise Langue 1967
On remarquera que cette chaise design très connue, en forme de langue n’a pas de pieds – issue de l’époque des yéyés, elle a un côté contestataire et convivial, on préfère s’asseoir quasiment par terre dans un cercle d’étudiants branchés plutôt que bien sagement comme des bourgeois.

Canapé ABCD 261, 1968
D’une manière très originale, ce canapé semble avoir été découpé en 3 blocs – alors que la très grande majorité des sofas ont 2 éléments principaux, l’assise et le dossier.
Il parait que sa forme incurvée aurait été inspirée des boîtes d’œufs.

Canapé Osaka, 1969
Conçu pour l’exposition internationale d’Osaka de 1970, ce canapé flashy surprend autant par sa courbure inhabituelle que par son imposante dimension.

Il cache une autre surprise : flexible comme un serpent, on peut le courber à volonté et l’adapter à toutes sortes d’espaces, comme le montre cette vidéo :
Fauteuil, canapé et ottomane Pacha, 1975
Cet ensemble modulaire avait commencé par une série de dessins où les fauteuils, les canapés et les ottomanes ressemblaient à des nuages, alors que Paulin cherchait à créer les sièges les plus confortables possibles.
Tout arrondi comme un gros nounours super douillet, le fauteuil Pacha Lounge Chair de Pierre Paulin repose sur un socle en MDF laqué, qui supporte l’ossature en contreplaqué moulé, elle-même recouverte de mousse découpée puis de tissu.
De manière ludique, la base peut être pivotante – on peut donc, tout en restant assis, se tourner vers quelqu’un ou quelque chose, et le fauteuil va ensuite revenir doucement à sa position initiale.
Un confort de Pacha, on vous dit !
Aménagement pour l’Elysée
L’aménagement et la décoration de cette pièce conçue pour les appartements du président Pompidou à l’Elysée, rappellent le chef d’œuvre d’Eero Saarinen, la table et les chaises « tulipe », mais dans une version moins pop et plus classe, avec ce camaïeu de couleurs beiges ou brunes.
Paulin a aussi dessiné ces belles lampes, petits soleils perchés sur des troncs et branches d’arbre…











