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Le Diamond Chair du designer américain Harry Bertoia, « fauteuil Diamant« , a été dès sa sortie en 1952 un best-seller et compte parmi les fauteuils de designers les plus célèbres.
Avec quelques soucis néanmoins puisque son créateur a dû le reconcevoir suite à un problème de droits d’auteur.
Note : on l’appelle parfois « chaise Diamant » mais il s’agit bel et bien d’un fauteuil. Un fauteuil a des bras (techniquement, on appelle ça des accotoirs), une chaise n’en a pas.
La création du fauteuil Diamant / Diamond Chair
L’atelier métal de la Cranbrook Academy of Art
Après son exil à 15 ans du Nord de l’Italie à la grand métropole de Detroit, Harry Bertoia a suivi des études d’art et design qui l’ont conduit à enseigner la fabrication d’objets en métal à la Cranbrook Academy of Art du Michigan, le Bauhaus américain, où il rencontre des ténors présents et futurs du design, comme Walter Gropius, Charles et Ray Eames, et Florence Knoll.
Pendant la seconde guerre mondiale, l’engagement américain rend le métal rare et cher, et Bertoia doit donc fermer son atelier.
Collaboration avec Charles et Ray Eames
En 1943, ses amis Charles et Ray Eames l’invitent à venir collaborer avec eux en Californie sur des projets de meubles en contreplaqué.
A la fin de la guerre, Eames et Bertoia reprennent les recherches sur le meuble en métal. Ce concept de meuble en métal reste à l’époque relativement nouveau, et les innovations des maîtres du Bauhaus, Marcel Breuer et Ludwig Mies van der Rohe, restent des produits d’avant-garde.
Alors que les designers allemands avaient exploré la fabrication de meubles à base de tubes d’acier, Bertoia et Eames prennent une autre voie : la création de meubles en tiges de métal.
Charles Eames sort la Eames Wire Chair, une chaise dont la structure tient en un assemblage de tiges d’acier assez épaisses, et dont l’assise et le dossier consiste en une trames de tiges d’acier plus fines. Eames vend sa création à la grande marque américaine de meubles Herman Miller, et en profite pour breveter un procédé de soudure.

Le fauteuil Diamant / Diamond Chair avec Hans et Florence Knoll (1952)
En 1950, Hans et Florence Knoll invitent Bertoia en Pennsylvanie pour collaborer avec eux au design de meubles. Dans une lettre, Florence dit à Bertoia :
« Travaille sur ce que tu veux. Si cela donne un meuble, tant mieux »
Harry Bertoia reprend alors le concept développé avec le couple Eames, et crée le fauteuil Diamond.
Sur l’ossature de fils métalliques à la fois souple et résistante, durable et légère, il pose soit un coussin soit une housse rembourrée, ce qui permet de créer facilement une large gamme de couleurs. Comme ces housses se clipsent et se déclipsent, on peut les laver ou en changer.
Le caractère industriel et résolument moderne de ce fauteuil forme aussi un contraste saisissant avec le côté organique et sensuel apporté par ses courbes gracieuses, sa légèreté, sa finesse et sa transparence.
Dès sa sortie en 1952, le fauteuil Diamant connait à la fois un franc succès et un problème majeur : Herman Miller lui fait un procès pour avoir enfreint la propriété intellectuelle du procédé de soudure déposé par Eames. La justice donne raison à Herman Miller. Pour la défense de Bertoia, rappelons qu’entre lui et Eames, c’est bel et bien lui le spécialiste du métal, Eames s’étant plutôt illustré dans le contreplaqué moulé puis le siège à coque de plastique (voir son célèbre Lounge Chair).
Harry Bertoia doit donc reconcevoir les soudures de son fauteuil – chaque croisement entre les tiges est soudé à la main ! – pour que Knoll International puisse l’éditer à nouveau. Et cette fois rien ne vient entraver son succès, au point que Bertoia peut vivre de ses royalties pendant des années.
Comment reconnaître un authentique fauteuil Diamant ?
Rançon de la gloire : le fauteuil Diamant est l’un des sièges les plus copiés de tout le design du XXè siècle. Quelques repères, donc, avant de dégainer la carte bleue.
L’authentique se reconnaît d’abord à sa coque en losange — d’où son nom — formée d’une grille de tiges d’acier soudées à la main, d’une régularité impeccable : passez les doigts sur les croisements, aucune bavure de soudure ne doit accrocher. Cette coque repose sur un piètement indépendant, l’ensemble étant proposé en acier chromé poli miroir ou recouvert de Rilsan, un polymère blanc ou noir. Sur les éditions récentes, KnollStudio grave son logo et la signature d’Harry Bertoia directement sur la structure : c’est le poinçon du roi, version américaine.
Les copies, elles, se trahissent vite : tiges plus fines qui ploient dès qu’on s’assoit, trame irrégulière, points de soudure apparents, chrome qui pique ou s’écaille au bout de quelques hivers. Un vrai Bertoia, lui, traverse les décennies sans broncher.
Combien coûte un fauteuil Diamant, et où l’acheter ?
Neuf chez Knoll, qui l’édite sans interruption depuis 1952, le fauteuil Diamant se négocie en gros entre 1 500 et 3 000 € selon la finition et l’habillage — simple galette d’assise ou housse enveloppant toute la coque —, et davantage pour le Large Diamond, sa version élargie qui tient du fauteuil lounge.
En vintage, comptez quelques centaines d’euros pour un exemplaire des années 1970-1980 à rafraîchir, et autour de 1 000 à 1 500 € pour une belle pièce documentée avec sa housse d’origine. Les premières éditions des années 1950, elles, atteignent des prix de collection. Quant aux répliques à une ou deux centaines d’euros, elles existent par milliers ; vous savez désormais où regarder pour voir ce qui cloche.
Pour l’achat : les revendeurs agréés Knoll pour le neuf ; les galeries de design vintage, les salles des ventes et les plateformes spécialisées type Selency ou 1stDibs pour l’ancien.
Le Diamant n’est pas seul : la collection Bertoia de 1952
La Diamond Chair est en réalité la vedette d’une petite famille dessinée d’un même geste : la Side Chair, chaise sans accotoirs devenue un classique des cuisines et des terrasses, le Large Diamond déjà cité, le spectaculaire fauteuil Bird à haut dossier accompagné de son ottoman, et une étonnante chaise longue asymétrique restée à l’état de prototype… jusqu’à ce que Knoll se décide enfin à l’éditer en 2005, un demi-siècle plus tard.
Ironie de l’histoire : fort de ses royalties, Bertoia délaisse le design de meubles dès le milieu des années 1950 pour se consacrer à la sculpture, notamment ses fameuses sculptures sonores. Le Diamant est donc à la fois son premier grand succès de designer et, à peu de chose près, son dernier meuble.
L’influence du fauteuil Diamant / Diamond Chair sur le design
Par l’originalité de sa conception, le fauteuil Diamant a une influence durable sur ses contemporains et sur les designers de meubles plus récents.
Le fauteuil Oyster de Pierre Paulin et le fauteuil Coconut de George Nelson
La forme de cocon a pu inspirer le fauteuil Oyster du célèbre designer français Pierre Paulin tout comme le fauteuil Coconut du designer américain George Nelson (ou en fait, d’un de ses designers).
La Chair One de Konstantin Grcic
Et la trame métallique de la Chair One de Konstantin Grcic ne va pas sans rappeler celle de la chaise Diamant.

La Carbon Chair de Marcel Wanders
Tandis qu’on retrouve une trame – cette fois, des fils de fibre de carbone – dans la chaise Carbon Chair de Marcel Wanders.

Questions fréquentes sur le fauteuil Diamant
Qui a créé le fauteuil Diamant et quand ?
Le designer italo-américain Harry Bertoia l’a créé en 1952 pour l’éditeur Knoll, qui le produit toujours aujourd’hui. C’est l’un des rares sièges des années 1950 jamais sortis du catalogue de son éditeur d’origine.
Le fauteuil Diamant est-il confortable ?
Plus qu’il n’en a l’air. La coque en fils d’acier offre une légère souplesse qui épouse le corps, et la galette d’assise fait le reste. Bertoia disait de ses sièges qu’ils étaient « principalement faits d’air, comme des sculptures » : on s’assoit presque sur du vide.
Peut-on installer un fauteuil Diamant en extérieur ?
Oui, à condition de choisir la version à revêtement polymère, que Knoll décline pour l’extérieur. La version chromée, elle, préfère rester au salon : l’humidité finirait par avoir raison de son éclat.
Comment savoir si mon fauteuil Bertoia est authentique ?
Vérifiez la régularité de la trame et la propreté des soudures ; sur les éditions récentes, le logo KnollStudio et la signature de Bertoia sont gravés sur la structure. Pour une pièce ancienne, une facture, une étiquette Knoll ou l’avis d’un spécialiste du mobilier du XXè siècle feront foi.
Ainsi va le design, de meuble en meuble, en métamorphose constante !












