Sérieusement, on n’exagérera pas en affirmant d’entrée qu’avec un designer comme Ross Lovegrove, on a affaire à une sorte de Léonard de Vinci de notre temps.
Un designer génial, visionnaire, innovant, profond, pur, magnifique, brillant, il a passé sa vie et sa carrière à chercher à mettre la technologie au service d’un design inspiré par l’admiration de la nature.
Voyage au pays des merveilles de l’œuvre de Ross Lovegrove !
Dans cet audio, je vous explique pourquoi je trouve l’approche biomimétique de Lovegrove si fascinante :
Biographie et carrière de Ross Lovegrove
Jeunesse et formation
Tout commence à Cardiff, au Pays de Galles, Royaume-Uni, en 1958 — berceau d’un esprit curieux nourri de science, d’art et, sans doute, de randonnée dans des vallées verdoyantes.
Ross grandit dans une petite ville du pays de Galles, Penarth.
Ses parents sont cousins germains et s’appellent tous les deux Lovegrove.
Ross Lovegrove suit une trajectoire classique : étude à l’université Manchester Polytechnic (baccalauréat en design industriel / BA, Bachelor of Arts, 1980), puis cap sur le très renommé Royal College of Art de Londres (maîtrise, 1983).
Là, il croise le foisonnement créatif du design britannique des années 1980, s’imprégnant de l’énergie des grands noms du mouvement postmoderne.
Début de carrière
1983 – 1984 La biographie artistique de Ross Lovegrove commence. Il travaille brièvement comme designer pour l’entreprise allemande frog design, qui collabore avec de grandes firmes d’électronique comme Sony. Lovegrove participe notamment au design de nouveaux baladeurs Walkman (qui existent depuis 1979) et d’ordinateurs iMac d’Apple.
Dans la capitale chic et créative de la moitié des années 1980, Ross Lovegrove avance ses pions dans l’envers feutré du design.
Il collabore notamment à du mobilier de bureau avec Marc Alessandri, et avec des pointures comme Hermès, Dupont, Japan Airlines, LVMH, Peugeot, Kartell…
Son nom devient synonyme de mutation organique appliquée au mobilier, aux espaces d’avion, aux appareils photo Olympus, et même à la haute horlogerie chez Tag Heuer.
1984 Ross Lovegrove fait partie – avec Martine Bedin, Gérard Barrau et Philippe Starck – des jeunes et brillants designers retenus pour faire partie du projet L’Atelier de Nîmes, lancé par le Maire de Nîmes Jean Bousquet, et qui visait à faire de cette ville une sorte de Bauhaus du design contemporain. Mettant également à contribution l’architecte innovant Jean Nouvel, le projet fit long feu.
En 1986, retour à Londres. Lovegrove fonde son studio, rassemble des créatifs, et cofonde le Lovegrove and Brown Design Studio, avec le designer anglais Julian Brown. Le but ? Pousser la logique organique plus loin, bien au-delà des années 1980. Il redéfinit les frontières entre l’art, la technologie et la nature, transposant des formes du vivant dans des objets du quotidien. Avec l’équipe londonienne et les marques internationales, il s’impose comme l’un des maîtres du biomimétisme appliqué au design industriel.
Sa démarche ? Synthèse radicale de technologies émergentes (CAO, impression 3D, moulage par injection avancé) et d’inspiration profonde tirée de la nature. Son approche séduit les laboratoires de R&D comme les collectionneurs, les éditeurs scandinaves comme les industriels italiens.
Son activité, véritable ballet international, couvre toutes les échelles et tous les supports : mobilier urbain innovant, équipements d’aviation British Airways, luminaires futuristes, sièges et objets pour l’intimité domestique, concept-cars pour Peugeot, bouteilles d’eau, flacons de parfum, stylos Parker, montres. Ross Lovegrove s’attaque à toutes les typologies.
Carrière comme designer indépendant
1990 Ross Lovegrove fonde son propre studio de design à Londres, le Studio X.
Il continue donc sa carrière de designer en solo et collabore avec la compagnie aérienne Japan Airlines, les constructeurs automobiles Peugeot et Renault, le fabricant de montres Issey Miyake, les fabricants de meubles Herman Miller, Moroso, Kartell, Driade…
2017 Le centre Pompidou à Paris (« Beaubourg ») organise une grande rétrospective de l’œuvre de Ross Lovegrove.
Récompenses et prix
Au cours de ses plus de 30 ans de carrière, Ross Lovegrove gagne de nombreux prix et récompenses, parmi lesquels :
2001 – Designer de l’année, d’après le magazine allemand Architektur & Wohnen
2004 – Royal Designer for Industry décerné par The Royal Society of Arts (l’Académie royale des arts)
2006 – Prix Elle Decoration
etc etc
Musées
On trouve les œuvres de Ross Lovegrove dans les grands musées du monde, entre autres :
Centre Pompidou à Paris
Musée Guggenheim de New York
Museum of Modern Art (MoMA) de New York
Design Museum de Londres
Vitra Design Museum à Weil-am-Rhein en Allemagne près de Bâle en Suisse…
Philosophie esthétique de Ross Lovegrove
Le design organique, ou l’essentialisme organique
Ross Lovegrove a non seulement développé une œuvre, mais aussi une philosophie esthétique, qu’il a nommée « essentialisme organique« .
Au point qu’il se surnomme lui-même « Captain organic » ! Sur son site, il se décrit comme « visionnaire ».
Passionné à la fois de technologies (informatique et modélisation 3D, nouveaux procédés de fabrication, nouveaux matériaux) et de biologie (il adore visiter les musées d’histoire naturelle, et dessiner des animaux, des plantes, des squelettes, des micro-organismes…), Lovegrove est convaincu que le meilleur design imite la nature dans une démarche de biomimétisme (biomimicry).
Comme la nature, Ross Lovegrove procède par une lente accumulation de micro-changements à partir d’un concept simple, puis par soustraction des éléments superflus, pour obtenir ce qu’il appelle un design « fat-free », dégraissé.
Le vrai designer est quelqu’un qui est capable d’un cheminement intellectuel, qui s’intéresse à d’autres choses que les fauteuils et les lampes, qui a une vision d’ensemble sur la place de l’homme, entre l’art, le design et les sciences – ce que j’appelle ADN : Art, Design, Nature. Ross Lovegrove
Le créateur britannique expose brillamment sa philosophie dans cette passionnante interview réalisée par le centre Pompidou lors de la grande rétrospective Lovegrove de 2017 :
Il présente aussi son travail avec beaucoup de liberté de ton dans cette magnifique conférence TED à propos de son idée de « design organique« .
Eco-design
Ross Lovegrove fait partie des contributeurs du courant écologiste du design éco-responsable.
Depuis les années 2000, il conçoit certaines œuvres en matériaux recyclables, ou intègre la notion d’écoresponsabilité à la conception des produits et sensibilise à ce thème les marques pour lesquelles il travaille.
Il essaye par exemple de réduire au minimum la consommation de matière et d’énergie nécessaires pour fabriquer ses créations, comme avec ce lavabo conçu pour VitrA Bathrooms, où Lovegrove a fortement diminué la quantité de céramique du lavabo, tout en limitant le diamètre du robinet pour réduire la consommation d’eau et éviter les projections.
Ross Lovegrove lavabo VitrA Bathroom
Œuvre et meubles design de Ross Lovegrove
Chaise FO8 (1990, Cappellini)
Cette chaise en polyester éditée par Cappellini pose les bases du minimalisme qui sera une caractéristique constante des créations de Ross Lovegrove : utiliser le moins de matériau et le moins d’éléments possible.
La nature embouteillée ! Cette bouteille bleue torsadée est devenue une icône du design britannique.
Ty Nant n’est plus seulement un contenant : sa courbe, sa spirale — inspirées des galets polis et des tourbillons d’eau — en font une sculpture de plastique recyclé. Un objet poétique qui prouve que Lovegrove sait magnifier même la plus humble eau minérale.
Bouteille d’eau Ty Nant – Ross Lovegrove
Chaise Bone Chair (1994, Ceccotti)
Cette chaise « os » en bois et cantilever (en porte-à-faux) marque le goût de Lovegrove pour le design biomimétique et les structures anatomiques créées par l’évolution biologique.
Chaise Bone Chair de Ross Lovegrove chez Ceccotti
Chaise Magic Chair (1997)
Chez Ross Lovegrove, on trouve souvent une recherche de l’émerveillement, de la surprise, un effet spectaculaire dû à l’étonnement ressenti devant la remarquable efficacité du design : un seul tube de métal courbé suffit à faire tenir le dossier-assise monobloc de la chaise Magic Chair.
Chaise Magic Chair de Ross Lovegrove
Vélo Biomega Bamboo (2007)
Ce vélo fait partie des premiers réalisés en bambou, matériau biodégradable et renouvelable. Il montre une fois de plus que pour Lovegrove, nature et hi-tech ne font qu’un.
Vélo Biomega Bamboo – Ross Lovegrove
Fauteuil Go Chair (2001, Bernhardt)
Le fauteuil Go Chair marque une étape forte dans l’évolution de Ross Lovegrove vers des lignes futuristes imitées de l’étude des structures de la nature : ce fauteuil est monobloc, tout en courbes, super léger, aérien, réduit à l’essentiel tel un organe travaillé depuis des millions d’années par le processus de création-destruction de sélection naturelle.
Fauteuil Go Chair de Ross Lovegrove chez Bernhardt
Fauteuil et ottomane Brasilia Lounge Chair (2003, Zanotta)
Avec ce duo de meubles, Ross Lovegrove rivalise avec un précurseur du design organique, le couple de Charles et Ray Eames, auteur du célèbre fauteuil Eames Lounge Chair, constitué d’un fauteuil et d’une ottomane (une sorte depouf repose-pied complémentaire du fauteuil).
Mais alors que, 50 ans plus tôt, les Eames avaient besoin d’associer des dizaines d’éléments, Lovegrove réalise l’exploit de réduire chaque meuble à un seul élément. Aucun assemblage, ni vis ni colle, juste deux plaques de plastique habilement moulées et courbées.
Fauteuil Supernatural Armchair de Ross Lovegrove chez Moroso
Chaise Supernatural Chair (2008, Moroso)
La chaise Supernatural Chair reprend les mêmes principes que le fauteuil : minimalisme et design organique.
Ross Lovegrove chaise Supernatural noir Moroso
Ross Lovegrove chaise Supernatural blanc Moroso
Chaise Supernatural orange Ross Lovegrove Moroso
Fauteuil, chaise et table Biophilia (2013, Vondom)
Cette série de meubles – fauteuil, chaise, table – se caractérise par le contraste entre des surfaces parfaitement lisses et des surfaces crénelées comme celles d’une muqueuse, d’une peau animale ou d’une onde.
Biophilia en grec signifie l’amour de la vie, ou l’amour du vivant.
A noter le dossier de la chaise, qui se résume à soutenir les vertèbres lombaires et la colonne vertébrale, rappelant le goût de Ross Lovegrove pour les ossements et les squelettes.
Ross Lovegrove a réalisé un certain nombre de lampes et luminaires étonnants, dont cette Cosmic Leaf – « feuille cosmique » est une bonne illustration. Editée par l’excellente marque italienne Artemide.
Aussi chez Artemide, la lampe Mercury imite la forme de gouttes de mercure, curieux métal qui existe sous forme liquide à température ambiante.
Ross Lovegrove a réalisé diverses œuvres basées sur la forme d’une goutte : outre cette lampe, il a aussi conçu un abri de montagne et une voiture.
Lampe Mercury de Ross Lovegrove chez Artemide
Montre HU (Issey Miyake)
D’une fascinante pureté, la montre HU pour la marque japonaise Issey Miyake laisse éclater la beauté du minimalisme.
Montre HU de Ross Lovegrove chez Issey Miyake
Bouteilles de parfum
Dans ces bouteilles de parfum se retrouve le goût de l’artiste pour les structures biomorphes et le design par soustraction de matière.
Chaque forme se vide pour se réduire à l’essentiel : la fiole de précieux parfum.
Bouteilles de parfum de Ross Lovegrove
Escalier
Dans son atelier de design, Lovegrove a fait installer un magnifique escalier qu’il a dessiné en s’inspirant de la structure de vertèbres :
Ross Lovegrove – escalier
Œuvres imaginaires
Pour le plaisir, j’ai suggéré à une intelligence artificielle, Midjourney, de créer des meubles dans le style de Ross Lovegrove.
Voici ses créations. On peut dire qu’elle a plutôt bien respecté le style du designer.
Je précise bien qu’il ne s’agit PAS d’œuvres de Ross Lovegrove, mais bel et bien d’œuvres qui n’existent pas, créées par une IA d’après le style du célèbre designer britannique.
Ross Lovegrove n’a, à ma connaissance, conçu aucune armoire.
Donc pour imaginer ces meubles, le logiciel Midjourney a dû se baser sur d’autres éléments :
la forme moyenne d’une armoire – on voit en effet qu’elle n’a pas cherché à innover
la couleur blanche, fréquente dans les meubles de Lovegrove
les formes organiques, semblables à des végétaux ou à des structures osseuses, typiques de Lovegrove mais ici utilisées d’une manière décorative tout à fait étrangère au style du designer, chez qui la beauté vient intégralement de la forme et de la structure
N’empêche que ces imitations par l’IA, pour un designer futuriste grand amateur de nouvelles technologies, valent le coup d’oeil.
Armoire design blanc style Ross LovegroveArmoire design organique blanche style Ross LovegroveArmoire design organique blanc noir style Ross LovegroveArmoire design organique blanc turquoise style Ross Lovegrove
Bibliothèques en design organique
Quand on demande à l’intelligence artificielle de créer une bibliothèque plutôt qu’une armoire, dans le style de Ross Lovegrove, elle retrouve spontanément un style de design futuriste d’aspect à la fois assez seventies / space age, et vraiment lovegrovien.
Midjourney bibliothèque étagère futuriste Ross Lovegrove
Lit de style design organique
Ross Lovegrove n’a, à ma connaissance, dessiné aucun lit, mais en voyant ces meubles imaginaires créés par l’intelligence artificielle Midjourney, on se dit qu’il aurait dû !! Et que des fabricants prestigieux comme Kartell, Magis ou Qeeboo, voire Vitra, ne seraient peut-être pas contre le fait de vendre de tels lits design.
Comme les armoires imaginaires ci-dessus, ces lits ont un côté inutilement décoratif qui n’est pas dans la manière de Lovegrove, mais l’IA a quand même correctement identifié la passion du créateur envers les structures alvéolaires d’inspiration biologique.
Lit design Midjourney style Ross LovegroveLit design ogive style de Ross LovegroveLit design sphérique dans le style de Ross LovegroveLit design blanc dans le style de Ross Lovegrove
Passionné de déco, de design de meubles et d'histoire des designers, j'ai écrit plus de 300 articles pour vous faire partager mes coups de cœur !
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