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Définition du Pop Art dans le design de meubles
Le Pop Art désigne à l’origine un courant artistique qui met à l’honneur des éléments populaires : le fast-food et les stars d’Hollywood dans la peinture d’Andy Warhol, les zoom de comics américains dans celle de Roy Lichtenstein, comme sortis d’une planche de Marvel ou d’un vieux numéro de Mad Magazine.
Dans le domaine de la conception de meubles et plus largement du design d’intérieur contemporain, le design pop se caractérise par :
- l’usage de couleurs vives, éclatantes, voire flashy, qui contraste fortement avec le bon goût supposé et les couleurs « classiques » (bois naturels, blanc, noir, gris…) ; un peu comme l’affiche d’un film de Tarantino au milieu d’un couloir beige
- les matériaux innovants – le plastique, la mousse, le vinyle, plutôt que le bois ou le cuir, dans l’esprit de la grande industrie automobile ou aéronautique des Trente Glorieuses
- les formes simples et géométriques, comme des pictos ou des logos de marque très lisibles
- la figuration, l’allusion à des formes existantes – animaux, objets du quotidien, gadgets de consommation de masse
- un fort goût pour l’humour, le jeu et le plaisir, un côté audacieux, iconoclaste, anticonformiste, parfois aussi un peu provoc’, façon clip MTV des années 80
Loin de se cantonner aux années 1960 qui l’ont vu triompher, le design pop demeure une tendance jeunesse, toute en fantaisie et joie de vivre.
Les meubles de style pop
Fauteuil en plastique et fibre de verre moulé, Charles et Ray Eames, 1948
Après avoir créé des objets en fibre de verre pendant la guerre, le couple Charles et Ray Eames ouvrent la voie au design pop en sortant des chaises en plastique aux formes très libres et aux couleurs vives. Ces sièges industriels, produits en série, ont un peu fait pour le salon ce que la Coccinelle de VW a fait pour la voiture : démocratiser une icône.

Chaises, fauteuils et tables Tulipe, Eero Saarinen (1956)
Ami des Eames, Eero Saarinen adopte la formule du mobilier en plastique et conçoit son chef d’oeuvre, le pedestal group, une série de chaises, fauteuils et tables montés sur un pied central. Le designer s’est inspiré à la fois de la forme des tulipes et de celle des verres à pied, avec une élégance presque spatiale, à la Star Trek ou 2001 : l’Odyssée de l’espace.

Canapé Marshmallow, George Nelson (1956)
Coloré, même acidulé comme un collier de bonbons ou les paquets de Skittles, le canapé de George Nelson chez Herman Miller et Vitra amène dans le design la gaieté de l’enfance. C’est, je dirais, une sorte de dessin animé en trois dimensions posé dans le salon.

Fauteuil Egg, Arne Jacobsen (1958)
Au Danemark, Arne Jacobsen invente son propre style de design pop, inspiré de la forme d’objets ordinaires, comme ce fauteuil en forme d’oeuf, d’un rouge éclatant et confortable comme un cocon. On se croirait dans la cabine d’un avion de ligne des années 60, classe business, version James Bond – en fait il a été conçu pour un hôtel de luxe à proximité de l’aéroport de Copenhague.

Chaise Heart cone chair, Verner Panton (1959)
Le compatriote danois et ex-assistant de Jacobsen, Verner Panton, n’est pas en reste, et crée son célèbre fauteuil en forme de coeur, très glamour. On dirait un accessoire de décor sorti d’un vieux clip de Madonna ou d’un cabaret un peu kitschoune.

Chaise Ball Chair, Eero Aarnio (1963)
Dans la veine de la Tulip Chair de Saarinen, le designer finlandais Eero Aarnio conçoit ce fauteuil en forme de globe, aux airs de science-fiction du Space Age. C’est le genre de siège dans lequel on imagine très bien un DJ en after ou un astronaute de film rétro-futuriste, de retour sur Terre casque sur les oreilles.

Fauteuil Mushroom, Pierre Paulin (1963)
En France, le principal représentant du design pop des années 1960 est Pierre Paulin. Il a son propre style : il cache systématiquement la structure de ses meubles sous un revêtement de tissu coloré et une douillette couche de mousse synthétique, comme ici avec ce fauteuil en forme de champignon, doux et légèrement absurde comme un décor de film de Jacques Tati.

Fauteuil 4801, Joe Colombo (1963)
En Italie, Joe Colombo expérimente avec le plastique, dont il exploite la flexibilité pour obtenir le design futuriste de ce fauteuil. On est à la croisée du mobilier, du prototype automobile de salon et du décor de film SF de série B, mais avec la rigueur du design italien.

Canapé, fauteuil et pouf Throw away, Willie Landels (1965)
Régulièrement, les meubles du style pop ressemblent à des jeux pour enfant. C’est le cas avec ces sièges découpés dans des cubes de couleur vive, comme des Lego géants jetés au sol du salon.
La marque Zanotta a été un des leaders du design hippie en Italie, dans la lignée des affiches psychédéliques et des pochettes de vinyles de rock progressif.

Lampe Pipistrello, Gae Aulenti (1965)
Voici la lampe « chauve-souris » de Gae Aulenti : plastique, couleur vive et figuration animalière qu’on retrouvera dans beaucoup d’autres œuvres pop art. Une silhouette de Batman ou d’insecte industriel, posée sur un bureau de designer.

Chaise Panton, Verner Panton (1967)
Revoici Verner Panton : il aura mis 10 ans à mettre au point sa spectaculaire chaise monobloc, la chaise Panton, moulée en plastique, qui semble aérodynamique comme une voiture de course – une Formule 1 figée en plein virage.

Fauteuil Pastil Chair, Eero Aarnio (1967)
La même année, Eero Aarnio sort lui aussi un siège totalement moulé en plastique. D’apparence monobloc, il est en fait composé de deux moitiés qui s’emboitent. Ce petit galet coloré semble pouvoir flotter dans une piscine de villa californienne, bande-son bossa nova en fond.

Fauteuil Tongue, Pierre Paulin (1967)
En forme de langue, ce fauteuil très pop refuse la manière habituelle de s’asseoir : il supprime les pieds et rapproche le corps du sol. Disons que c’est plus un geste de design radical qu’un simple siège, un peu comme une perf d’art contemporain.

Fauteuil Blow, Jonathan De Pas / Donato D’Urbino / Carla Scolari / Paolo Lomazzi (1967)
Le design pop des années 1960 fut aussi lié à la massification des loisirs et des vacances. Un collectif de designers italiens iconoclastes y a fait référence à travers ce fauteuil, gonflable comme une bouée de plage.

Pouf Sacco, Piero Gatti, Cesare Paolini et Franco Teodoro (1968)
Best-seller mondial, le pouf Sacco (« sac ») est sans doute le meuble pop le plus célèbre. Il a été conçu en tant que siège informe, laissant à l’utilisateur la liberté de déterminer son aspect et son usage exact. C’est le bean bag chair des films américains des seventies, celui qu’on aperçoit au fond des chambres d’ado, entre un tourne-disque en plastoc et une affiche du Pink Floyd.

Etagère Componibili, Anna Castelli Ferrieri (1969)
L’étagère Componibili d’Anna Castelli Ferrieri a donné un sérieux coup de jeune au rangement domestique, bien loin de l’esthétique ringarde de l’armoire en bois de papy ou de la table de nuit de maman. C’est un petit container industriel, presque un baril recyclé, devenu icône du design italien en plastique.

Fauteuil UP5 UP6 Mamma Donna, Gaetano Pesce (1969)
Sensuel, le fauteuil Up de Gaetano Pesce représente une mère et son enfant. Il se compose de mousse polyuréthane. Par sa forme organique et presque sculpturale, il dialogue autant avec le design qu’avec l’art contemporain engagé, comme une installation de galerie.

Canapé Bocca, Studio 65 (1970)
Un collectif italien nommé Studio 65 a repris une idée de Salvador Dali : transformer une bouche en canapé. Une idée très pop, très graphique. On est en plein croisement entre surréalisme et culture pub, comme une affiche de parfum qui aurait pris vie.

Miroir Ultrafragola, Ettore Sottsass (1970)
Pape du design anticonformiste, Ettore Sottsass a montré l’exemple en cassant les codes du miroir : ni bois, ni métaux précieux, mais un clinquant plastique rose. Aujourd’hui encore, ce miroir néon, souvent cité sur Instagram, reste une icône du design pop post-moderne.

Fauteuil Proust, Alessandro Mendini (1978)
La parodie fait aussi partie du langage de l’esthétique pop : réinvestir avec ironie des formes anciennes, jugées désuètes, comme l’aspect trop baroque de ce fauteuil de style, par Alessandro Mendini. C’est une sorte de remix visuel, comme si on passait un classique au filtre d’un DJ électro.

Chaise Embryo Chair, Marc Newson (1988)
Un siège aux airs d’ovni, qui ne ressemble à rien de connu dans la tradition du meuble : voici la chaise Embryo de Marc Newson, dont on attend toujours qu’elle grandisse. Elle appartient au style pop par son côté SF et sa radicale étrangeté, proche du design des concept-cars ou des créatures biomorphes des films de science-fiction déjantée.

Fauteuil Alexandra, Javier Mariscal (1995)
Dessinateur de BD et designer : d’office, l’espagnol Javier Mariscal baignait dans le pop art. Son fauteuil Alexandra chez Moroso multiplie les écarts stylistiques par rapport aux normes du « beau fauteuil » : motif bariolé de couleurs vives, asymétries, joie enfantine à casser les codes. On dirait une case de bande dessinée qui aurait explosé dans la pièce.

Fauteuil Louis Ghost, Philippe Starck (2002)
Encore une oeuvre pop par parodie : le fauteuil Louis Ghost (« Louis fantôme ») de Starck est « un Louis quelque chose », une allusion pas très claire à un style connu. On entend derrière ça toute l’histoire du mobilier royal français, compressée dans un moulage en polycarbonate.
Cette référence à un meuble noble, chef d’oeuvre de l’ébénisterie, le designer français la fait avec ironie dans un matériau typiquement industriel, le polycarbonate. Et comme pour critiquer le côté m’as-tu-vu du fauteuil ancien, Starck rend son Ghost invisible : il est là, mais il s’efface, comme un figurant dans un film de luxe.

Lampe Gun, Philippe Starck (2005)
Vous regardez trop les films de gangster ? La lampe Gun, au pied fait d’une mitraillette en or, décorera votre salon de Parrain. Edité chez Flos, c’est un clin d’œil direct à la culture pop hollywoodienne, entre Scarface et les jeux vidéo type GTA.

Lampe cheval, Front (2006)
Voilà un pied de lampe assez discret : un cheval grandeur nature, en plastique. C’est une des idées folles des suédoises de Front, chez l’éditeur néerlandais Moooi. On pense à la fois aux vitrines de luxe, aux parcs d’attraction et aux mises en scène un peu décalées des clips de Björk.

Chaise Frilly Chair, Patricia Urquiola (2008)
Fripée comme une robe de soirée, rose flashy comme pour aller en boîte, la chaise Frilly de Patricia Urquiola chez Kartell, en polycarbonate semi-transparent, a des airs de fête. C’est un peu la haute-couture du mobilier plastique : légère, bavarde, assumée.

Chaise Rabbit, Stefano Giovannoni (2016)
Eh bien voilà, c’est un lapin fuchsia tout ce qu’il y a de plus banal, et qui accessoirement sert de chaise. Un délire de Stefano Giovannoni chez Qeeboo. Entre figurine géante, jouet de parc à thème et objet déco instagrammable, ce siège pop résume assez bien, je trouve, l’époque des intérieurs ludiques et des décors pensés comme des plateaux de tournage.










